Agneau pourpre

Tiens, te revoilà, toi… (excuse-moi, mais j’ai rencontré une vraie personne depuis qu’on ne s’est vu)
Tu as mis le temps… (& ça tombe bien : j’étais en grande conversation avec celle-ci)
Je savais que tu te déciderais un jour (c’était inévitable)
N'aie pas peur… (je suis totalement inoffensif)
Approche (j’ai à te parler)

Je me suis approprié ta direction
Pardonne-moi, c'est une vieille habitude
Je montre la voie d'un habile clin d'œil
& les passants me suivent
Tous, y compris ceux qui se plaignent
C’est toujours pareil avec les passants !
Chacun veut sa part
Personne ne mange
& dès que le voisin tourne le dos, mmmh… quel festin !
Mais je diverge, tu n'es pas venue
Pour te perdre dans les travers de tes frères & sœurs
Sûrement pas
Bienvenue, donc
Dans ma maison
Dans mon jardin
Là où les fleurs sont mauves
& où le crépuscule
& l'aube
Ne sont qu'une seule & même formule chimique
Qui se croise & s'entrecroise
Car tout, je commence à le soupçonner
Est son contraire…

Tu veux savoir à quoi je joue ?
C’est normal :
Tout le monde veut savoir
A quoi
Je joue
Ça intrigue, les agneaux pourpres
Ça émerveille, parce que tout leur semble facile
Ça effraie, parce que le malheur
N'est pas au menu
& bien, si tu veux savoir
Il va falloir prendre ta pelle
& ton seau
& creuser
Creuser
Creuser encore
Les vrais trésors sont toujours bien enfouis
Je suis invisible
Sauf aux heures tardives de la nuit
& sauf
Si tu sais lire entre les lignes
De mes mains
Sais-tu lire ?
& surtout, sais-tu écrire ?

Je me plais à confondre les pièces du puzzle
Curieusement, c’est dans cette confusion
Qu'apparaît le plus clairement ma volonté
Longtemps j’ai crains
Qu'à rôder ainsi entre les collines
Je finisse par m'y perdre
Quelle ironie du sort que j’y aie trouvé
La chantilly
Qui donne à mes fraises tout leur parfum (Non ! J’ai pas trouvé mieux comme métaphore !)
Pourtant ne t'y méprend pas
Sous mes airs de gourmet
Je suis au désespoir
Devant ces joutes sans but
Auxquelles tes comparses se livrent
Moi qui jamais ne tue ni homme ni bête
Hormis -je le confesse-
Les mouches dans le désert
Celles-là l'auront trop cherché [mea culpa]
& dans mes songes
Je me retourne
Cherche à faire face à la lumière
Mais la lumière
Ne brille qu'à l'intérieur

En attendant, voilà que tes semblables, justement
Nous rejoignent & se donnent des airs de vouloir écouter mon discours
Je m’en vais le leur servir sur un plateau d’argent…

Briser les dépendances
Physiques
Mentales
Affectives
Spirituelles, peut-être même
Travaux en cours/Ne pas entrer
Ne pas entrer dans ma tête
De toute façon, vous aimeriez ou détesteriez trop ce que vous y trouveriez
Alors restez chez vous
Au moins le temps que je fasse le ménage
J’attends la pause clope
Sans clope
La pause café
Sans café
La pause émotive
Avec émotions
& calme
Les deux ne sont pas incompatibles
C’est juste un problème de délais
De délaissement des délais
De délégation des devoirs
De dénégation des pouvoirs

Avez-vous déjà été fatigués ?
Je ne crois pas
Je crois, au contraire, que vous n’avez jamais été qu’en attente
Moi, j’en avais assez d’attendre
J’ai déjà trop attendu, de toute façon
& j’en ai trop entendu
Trop vu…
Si vous saviez ce que j’ai vu, vous m’en feriez sûrement une crise cardiaque
Je le sais : j’en ai fait une, à l’époque
& pourtant je suis fort
C’est ce qu’ils disent, en tout cas
Mais plus que tout, j’en ai assez de me plaindre !
Erreur/Je ne me plains jamais
Mensonge/Je me plains parfois
Mais jamais, ô grand jamais je n’y trouve aucune forme de satisfaction
C’est bien le problème avec la satisfaction
On ne la trouve jamais dans la même cachette que son voisin
Même lorsqu’il l’y a remise
C’est fâcheux
Mais c’est comme ça
(Donc il est temps de ne plus me plaindre)

La dernière fois que j’ai dépassé le seuil des mirages
Un Boeing m’a percuté de plein fouet
Plus dure fut la chute
Depuis, j’ai grandi
& je ne crains plus les Boeings
Seulement moi-même
Mon pire ennemi
Mon meilleur ami
Mon plus bel amour
« Aime ton prochain comme toi m’aimes. »
J’aurais du mal
Car mon prochain n’est pas toujours aussi beau que toi
Entend par « beau » : bienveillant & sensé
& le sens, c’est mon truc
L’analyse intuitive du sens interdit
Du sens autorisé
Du sens inverse
Averses de mots qui sont une illustration plus ou moins pertinente de mes intuitions
Merci à toi, fille du vent
Merci à toi, rumeur publique
Merci à toi, maison occupée
Merci à toi, agneau pourpre
Ce soir
Ce sera moi
L’agneau pourpre
Je ne danserai pas
Je ne lèverai même pas le petit doigt
Juste les yeux
De temps en temps
Histoire de bien signifier mes origines, comme disait l’autre poète

Merci, poète

Derrière mon demi cercle de bougies magiques
Bien caché
Là où tout le monde pourra me voir
Je lancerai des incantations d’une telle intimité
Que probablement il vous faudra de temps en temps détourner les oreilles
Pour ne pas en savoir trop
Pour ne pas en savoir assez, en tout cas, pour que cela bouleverse vos convictions à l’égard des agneaux pourpres
Plus tard, vous viendrez me questionner
Je vous répondrai qu’il fallait écouter
&, comme à chaque fois, vous finirez par remplacer mes mots par les vôtres
C’est comme ça
Je viens à peine de commencer à m’y faire
Anyway…
J’espère qu’il y aura une trêve avant Noël
Vous y croyez, vous ?
Ha !
& le pire, c’est que j’ai l’air cynique
Quand je suis juste joueur
Désolé
Je suis comme ça
Pourquoi croyez-vous donc que je me couvre de mauve ?
Parce que mon moi est joueur
& que vous dire ce que je suis aujourd’hui
C’est vous dire qui je serai demain
& ça, c’est un scoop !

J’aimerais ne plus jamais rien réclamer
C’est tellement plus efficace de provoquer, de toute façon
Faire en sorte que…
Provoquer…
Ah… quels doux moments que ceux-là
L’année sera longue
Violente, parfois
Sismique, même
C’est comme ça
J’en suis ravi
Mais j’ai un peu peur, tout de même
Le changement fait toujours un peu peur
Même, & surtout, lorsque l’on en est la cause première
Car au fond
C’est bien moi qui ai voulu
Me retirer pour y songer
Revenir pour en parler
Régler mes comptes (cheval de Troie)
Pour repartir de zéro
Conscience tranquille & âme en paix
Croyais-je…
Pour la conscience & l’âme, d’accord
La tranquillité & la paix, c’est raté
Non : pas raté, remis à plus tard
Again
Mais, disais-je, c’est par choix
Car là encore
C’est bien moi le premier qui ai voulu désarticuler ma famille de freaks
C’est bien moi qui ai décidé de me sentir concerné par la mort qui rode
Au lieu de l’ignorer bêtement
C’est bien moi qui ai décidé de me jeter à l’eau de plus en plus souvent
Sur scène & même en deçà
C’est bien moi qui ai voulu
Oui, tant voulu
Etre à l’écoute quand le bleu m’a envoyé du blanc en pleine figure
C’était bon
Un peu risqué, mais si bon
Si, si bon
Que je n’en suis pas encore remis, tiens
D’ailleurs, je ne regrette rien
Puisque quoi qu’il se passe
Dès que je chute un peu, c’est pour mieux rebondir
Plus haut
Toujours
Plus haut
Alors quoi ? Vais-je protester de m’être moi-même mis dans l’extrême ?
Ce serait vraiment de la mauvaise foi
Car l’extrême, c’est encore la meilleure place
Pour un agneau comme moi
J’aime ça
C’est ma came, depuis toujours
Parfois subie, souvent choisie
Mais toujours embrassée jusqu’à n’en plus pouvoir
& avoir besoin d’une pause

- Pause -

& puis après, c’est reparti
C’est comme ça
Je mentirais bien si je disais que cela ne me plait pas
J’en apprends tous les jours
& certaines nuits plus que d’autres
Dans l’extrême
Tant que ça durera
J’aurai peur, j’aurai bonheur
Je vivrai
Sans faire de concessions, sinon peut-être aux anges
Mais ceux-là
L’auront bien mérité

2 commentaires:

fred a dit…

Passionnant ce fleuve......merci doux agneau et gare au loup !

Anonyme a dit…

Sais tu que tes mots sont les plus vrais et les plus beaux que je n'ai jamais lu ? Pourquoi ? Sans doute parce que mon amour aussi aurait pu les dire et les écrire, il l'a fait, dans certaines de ses chansons, mais là c'est tes mots à toi. So Sorry suis totalement bouleversée, c'est con, ça ressemble aussi tellement à mes ressentis.