Flash. Je marche dans la rue.
Flash. Qui suis-je ?
Flash. Voitures, gens, bruit.
Flash. Je suis un petit animal urbain, parfaitement adapté à mon environnement.
Voitures, gens, bruits, immeubles, trottoirs. Ambulances : je les maudis, ces boites à capharnaüm roulantes, ces parasites sonores ! Un jour j’en shooterai une au bazooka, ça me défoulera & ça en fera toujours une de moins sur terre.
Une de moins…
Une de moins...
« Ça fera toujours un connard de moins sur la terre. »
Flash… back.
Je ne suis pas encore né. Maman est enceinte.
Fausse couche. Pas de bébé cette année.
« Ça fera toujours un connard de moins sur la terre. »
Merci, Papa, & si ça avait été moi, le connard ? Avant même d’être conçu je suis jugé, évalué, pesé, emballé : « un connard de moins ».
Quatre ans passent : Maman est enceinte. De moi cette fois, c’est sûr.
Ça fera toujours un connard de plus sur la terre.
14/11/76. Quinze heures trente. Bonjour le monde ! Faites pas cette tête. Une fille ? Connais pas. Désolé je suis un garçon : va falloir vous y faire. Moi aussi, d’ailleurs, va falloir que je m’y fasse.
J’aime bien les filles, c’est plus spatial.
Faute d’en être une je leur vouerai un culte.
J’ai deux ans. Papy est mort. Je l’aime, mais ça ne me rend pas triste, la mort. Je suis trop jeune, qu’ils disent. & si j’étais déjà trop vieux, hein ?
J’ai cinq ans. Tout le monde m’aime. Papa, Maman, grands-parents, oncle & tante. Je suis le seul enfant de la famille & je grandis seul parmi les adultes. Faute d’être une fille, c’est déjà ça. D’ailleurs, déjà, les doux yeux de Lady Bidule me fascinent. Pas grave, Lady Bidule est avec moi. Elle n’a que cinq ans elle aussi, mais déjà elle est précisément la plus spatiale de l’école. J’ai beaucoup de respect pour elle.
Je veux : j’ai. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est comme ça. Rien ne me résiste. & de toute façon, j’ai déjà depuis longtemps compris une chose cruciale : à cinq ans je suis déjà beaucoup plus intelligent que tout un tas d’adultes. Je serai roi, un jour.
J’ai six ans. Une nuit. Cris, larmes, on me tire du lit & on m’assène la terrible vérité, la première d’une longue série : Papa n’aime plus Maman.
Ah ? Bon…
La vérité, je préfère la connaître, mais j’aurais quand même préféré qu’elle soit autre.
Six ans-quinze ans : dix ans de malheur. Un miroir & trois verres Nutella.
1982 : je serai roi.
1992 : je suis mort.
Mort.
MORT !
Récapitulons :
J’ai sept ans, & déjà ça cloche : Maman est cassée, des fois elle pisse le sang. Papa est ailleurs & il s’en fout.
J’ai huit ans. On m’arrache à mon école, de fait à mon royaume & à Lady Bidule, pour me jeter en pleine jungle. Adieu, Lady Bidule, adieu, royaume. Maintenant je suis un esclave & tout le monde me tape dessus : à l’école, à la maison. Maman est réparée, mais sa tête ne marche plus. « Blam ! Prend ma main dans la tronche. Blam ! Prend cette vérité, & celle-là, & celle-là encore : le monde est pourri de l’intérieur, toutes tes convictions sont des illusions ! » J’ai huit ans, & je suis un esclave. Bien, puisque tout déraille : moi aussi. Je serai un esclave fou.
J’ai neuf ans. On finit de m’arracher à tout ce qui me donne encore un peu de joie. Exil à la campagne. M’en fous, je suis fou.
J’ai dix ans. Je hais l’univers.
J’ai onze ans. Le sang continue de couler, plus alcoolisé que jamais. Je n’ai même plus la force de haïr quoi que ce soit. Je suis fatigué. Lady Bidule n’est plus qu’un lointain souvenir, en aucun cas un espoir. Un quoi ? Il n’y a plus d’espoir.
J’ai douze ans. Retour aux sources. L’espoir renaît : alors Maman, à qui ça ne plaît pas, le chasse à grand renfort de coups & d’insultes. Premier contact avec l’enfer, le vrai. Moi qui croyais avoir tout vu…
J’ai treize ans. Lady Bidule me crache à la gueule, Maman aussi. On me montre du doigt dans la rue. Je m’en fous : ça fait mal, très mal, mais je survivrai.
J’ai quatorze ans. Vivre en enfer, ça épuise. Je me raccroche à un rêve : vain. Alors je veux mourir, oublier tout & disparaître dans le néant. Pas moyen. Alors je deviens de plus en plus fou, & comme on continue de me montrer du doigt, je commence à comprendre que je ne serai jamais tout à fait normal. Alléluia ! Ce sera ma petite gloire personnelle, la dernière fierté qui me reste.
J’ai quinze ans. Je vais mourir, c’est inévitable. J’ai tenu le coup neuf ans grâce, peut-être, à une seule raison : je sais que tout se qui ce passe n’est pas de ma faute, que je suis le jouet d’esprits malades & qu’un jour, je leur échapperai. Mais cette raison ne suffit plus à me tenir debout. Mes jambes marchent toutes seules, ma bouche émet encore quelques sons, de plus en plus rares. J’ai échappé à l’enfer : enfin je suis libéré de Maman. Mais l’horreur ça ne s’oublie pas comme ça, & elle me gangrène de l’intérieur. Non, vraiment, je ne peux plus que mourir.
& puis voilà qu’un ange bleu s’en mêle, & que le premier ange blanc débarque sans crier gare : « Toi, je ne vais pas te laisser crever comme ça ! ». Puis viens la dame en noir, qui me prend sous son aile & me berce. C’est inespéré & beau. Pour quelqu’un comme moi tout cela est même merveilleux. Mais c’est trop tard. Je meurs.
Repose en paix…
& je renais ! Ma résurrection est un délice, extase dans la grande joie & décision inaltérable : je vivrai dans cette vie tout ce qui m’a été volé dans la précédente. Alors, je pars à la conquête du monde, & à nouveau plus rien ne m’arrête. De chaque erreur j’apprends, chaque échec me rend plus fort. Je deviens presque roi cette fois, & j’en reviens car je saisis que la bienveillance envers autrui est la seule façon d’avancer. & enfin… ENFIN… Lady Bidule.
L’aventure commence !
Puis viens la claque inattendue, l’épreuve qui devait me laver de toutes les errances de ma vie antérieure. J’en chie, mais c’est pour la bonne cause. Jusqu’à cette seconde révolution spirituelle, dans laquelle je suis encore jusqu’au cou, où je peux enfin me regarder en face & aimer ce que je vois.
« Aime ton prochain comme toi t’aimes. »
Peut-être.
Ce que je veux vraiment : je l’ai.
Petit animal urbain, je marche dans ma forêt de béton, c’est là que je me sens bien. La seule chose qui me manque parfois, c’est l’anonymat. Il arrive même encore que l’on me montre du doigt dans la rue, mais c’est maintenant avec bienveillance ou désir, alors ça ne me gène plus.
L’hiver, je regarde à l’intérieur de moi. Au printemps ce n’est plus possible, car Lady Bidule réapparaît comme fleur sur un arbre & obnubile toute mon attention. Son déhanchement me rend fou, ses longues jambes effilées me crucifient, la lumière du soleil sur son épaule me transperce les tripes, quant à son visage… aaaaargh ! C’est la cause première, le péché originel en quelque sorte : celui qui te pousse à sortir nu sous la neige pour aller chasser. Celui qui te pousse à construire brique par brique une cabane pour te protéger du vent & des bêtes féroces, alors même que tes bras n’ont plus de force.
Parfois, alors, quand je n’en peux plus, je vais jusqu’au bout de mon désir. J’assume, comme qui dirait. Je me méfie pourtant des illusions car Lady Bidule en est pleine, & moi aussi d’ailleurs. Or je ne peux concevoir d’aller sur la lune ou ailleurs avec elle si je n’ai rien à lui dire. Alors quand une féministe sexiste vient me voir & m’accuse, moi, de sexisme à cause d’un exercice de style écrit à dix-huit ans -ou pire encore : juste parce que je suis un mec !- je ne me donne même plus la peine de répondre. Ça me fait le même effet que lorsqu’un catholique me traite d’hérétique parce que j’affirme qu’honorer longuement un clitoris est l’une des plus belles façon de louer Dieu. De toute évidence, Monsieur le catholique, Madame la féministe, tu n’as RIEN compris. Ni à Dieu, ni à l’anti-sexisme, et à moi encore moins. Figure-toi que je suis une femme, aussi. & même un peu de Dieu. Tu crois que je ne le suis pas ? Tu crois que je ne suis pas affranchi de ces idées qui t’écrasent la pensée ? & bien tu te trompes. & tu te trompes par orgueil plus que par conviction : c’est précisément pour cela que je me permets, Monsieur le catholique, Madame la féministe, de te cracher affectueusement à la gueule.
Affectueusement ? Oui : ma colère ne contient pas de haine. La haine, je l’ai épousé jadis, & ça ne m’a apporté que des emmerdes : alors je n’en veux plus ! J’aime comme je respire, & s’il m’arrive de t’aimer, prend garde car je m’en vais balayer tes idées reçues & tes petites cases à grands coups d’orgasmes & de mots doux. C’est comme ça, il va falloir t’y faire. & tu peux éteindre ta radio, car ma chanson à moi ne tient pas en trois minutes trente. Ravale ton amour formaté, sois avant tout mon ami(e) & fredonne-moi une symphonie à l’oreille, ou sinon retourne frimer en terrasse de ton bar favori. Tu y trouveras plus de vils flatteurs qu’il ne t’en faut. Moi j’ai assez brassé de vent pour m’en être mis jusque-là des « salut ! » et des « ça va ? » La vie a fait que je suis ami de certains loups blancs, alors par jeu -& par besoin de reconnaissance, il faut bien l’avouer- je suis moi-même devenu un loup blanc, le genre que tout le monde vient saluer bien bas pour avoir sa part du gâteau. Prenez-le tout entier ce putain de gâteau de viande froide : je ne saurais plus quoi en faire. A compter d’aujourd’hui je suis un agneau, pourpre de surcroît, & je ne bouffe plus que de l’herbe. Et l’Univers sait que c’est bon, l’herbe.
Retour à Lady Bidule : je n’en avais pas fini avec elle lorsque tu m’as si grossièrement interrompu ! Des fois, je décide donc de croiser des arcs-en-ciel avec Lady Bidule pour combler ce vide noir & glacial qui m’habite encore de temps à autre. Je vais pour assouvir ma soif & souvent je renonce en route, parce que ça n’en vaut pas la peine, & que je préfère encore me tripoter seul dans mon lit que de mélanger mes fluides avec n’importe qui. & crois-moi, mes draps ont épongé plus de sperme que l’Erika n’a déversé de pétrole dans l’océan.
Et puis il y a ces fois, si précieuses, où je m’entête à tenter le tout pour le tout : « Toi, tu seras mon ange ». Je cristallise mes sentiments, j’épouse le langage le plus incisif & je me lance.
Ce que je veux vraiment, je l’ai.
Pas juste à cause de mes beaux yeux verts, eux-mêmes acquis au prix de tant d’efforts ; mais parce que je ne le veux pas pour de mauvaises raisons, ni aux dépens de quiconque.
& je l’ai, ma divinité : un esprit à décrypter, un corps à explorer. Je m’acharne alors à faire parler mon cadeau, à mettre son âme à nu. Car si elle doit se mettre nue devant moi, j’aime autant qu’elle le fasse aussi & surtout spirituellement. Il va de soi que, ne sachant réclamer ce que je ne saurais moi-même offrir, je m’efforce d’en faire autant. « Avant de mettre ma queue dans ta bouche, assure-toi de me connaître vraiment pour ne rien regretter ensuite. »
& si nous passons l’épreuve des mots, en ce cas seulement, le vide noir & glacial commence à se remplir, & je peux donner tout ce que je n’ai pas reçu :
Ces lèvres qui effleurent tes cils, c’est pour Maman ivre morte & en fauteuil roulant, qui pisse le sang.
Ce long chassé-croisé entre nos deux langues, c’est pour Papa qui baisait ailleurs alors que Maman m’écrasait contre les murs.
Cette main insatiable qui caresse tes côtes & tes mollets, c’est pour tous ces connards qui me mettaient des beignes sans même savoir pourquoi.
Cette bouche tranquille qui émerveille ta chair du haut de ton cou jusqu’à l’intérieur de tes cuisses, c’est pour ces heures prostré au sol à recevoir claques & coups de pieds de celle qui m’a mis au monde.
Ce coup de langue timide sur ton clitoris, c’est pour ma tempe qui claque contre la porte, & moi qui fait semblant de m’évanouir des fois que ça calme sa colère.
L’ouragan buccal qui s’ensuit & qui te fait serrer ma main de plus en plus fort, c’est pour la vision dans le miroir de ma gueule au réveil, couverte de sang coagulé : celui de Maman. Ç’aurait pu être le mien : les deux ont coulé ce soir-là.
Chaque va & vient lorsque nous ne faisons plus qu’un & que nos cœurs explosent le longtemps de cette fusion, c’est pour Maman -encore elle- qui me tripote & m’embrasse en me disant qu’elle m’aime & que l’inceste, au fond, ce n’est pas si terrible.
Tu vois : quand je parle d’enfer, en comparaison celui de Dante c’est la cour de récré ! & si tu comprends que je sois revenu de ça, alors tu comprendras que je puisse passer des heures à t’enlacer tendrement, te câliner passionnément, te rassurer & te murmurer combien je t’aime & combien je suis prêt à tout pour te donner confiance en toi et en la vie.
& l’on vient après ça me bassiner avec l’esthétique soi disant superficielle de ton corps ? Qu’y puis-je si tes traits me fascinent autrement davantage qu’une peinture de Michel-Ange ? Qu’y puis-je si chaque courbe de toi est pour moi l’illustration de l’harmonie universelle & la métaphore du cycle des planètes autour du soleil ? Qu’y puis-je si les plis & replis de ton sexe sont pour moi tout comme la cathédrale de Gaùdi : un univers à part entière dont je n’aurai jamais fini en l’observant de détailler les subtiles merveilles.
D’ailleurs parlons-en, de cette cathédrale, Monsieur le catholique & Madame la féministe. Cette cathédrale espagnole jamais achevée. Qu’est-elle, je vous le demande ? Regardez-la de face, dans son ensemble. Que voyez-vous ? Un gigantesque vagin ? Bonne réponse. Ou quand la Sainte Église elle-même, qui l’eut cru ?, cautionne ma vision de la foi. Pourtant c’est un fait : au centre de Barcelone trône un vagin de plusieurs centaines de mètres de haut, orné pour faire bonne mesure d’un clitoris démesuré, & chaque dimanche on y va prier, & se défendre d’une époque où le sexe est roi.
« Dis, Shaomi, tu tomberais amoureux d’une femme obèse ? »
Pfff…
D’une punk obèse, sûrement pas !
& toi, à quinze ans, tu serais tombée amoureuse d’un ado boutonneux et binoclard ?
Tu vois comme c’est facile de répondre à côté d’une question, ou si l’on veut bien retourner le problème, de poser une question à côté de la réponse.
Mais néanmoins, sache que j’ai le plus grand respect pour toi car au moins tu te donnes la peine de venir me poser des questions. En venant me parler ainsi, tu fais un effort louable face à tes congénères. & oui, tes congénères, tu sais : ces petits animaux urbains qui se prétendent des humains. & bien tes congénères évitent de se poser trop de questions &, dans la foulée, de m’en poser. C’est plus facile d’extrapoler sans savoir ce que l’autre a à dire & pourquoi il le dit. Si je suis libre, ce n’est pas grâce à eux ni grâce à toi, car si j’avais du compter sur vos promesses d’émancipation, j’aurais pu attendre longtemps. Tu vois, ce qui m’agace, c’est cette façon qu’ont les gens de prétendre qu’ils ne m’ont rien demandé alors qu’ils ne cessent implicitement de me demander des comptes. Moi, la seule chose que je leur demande c’est de ne pas m’emmerder, ou alors de le faire intelligemment. Là, très bien. Sans cela, ça ne fait avancer ni eux ni moi. Est-ce donc trop demander aux gens que de m’emmerder avec subtilité ?
Apparemment, oui.
C’est fâcheux, mais à force de cracher dans la soupe on finit par s’y noyer. Toi, là-bas, par exemple. Oui, toi le petit branleur déguisé en rebelle comme d’autres se déguisent en jeunes cadres dynamiques, qui me toise d’un air supérieur en criant à tout vent que je suis ci ou ça. & bien sois prudent parce qu’un jour je vais peut être en avoir assez & venir te les poser, toutes ces questions que tu ne m’as pas posées avant d’élaborer tes grandes théories sur moi. Je m’en vais te les lancer en pleine face, juste pour rire. Je vais venir à toi, te faire parler & te laisser démontrer toi-même que tu ne tiens pas debout. & la démonstration que tu feras de ta propre incohérence sera telle que lorsque je t’en ferai prendre conscience, tu partiras en larmes te cacher dans les traboules & l’on entendra plus jamais parler de toi. C’est ce que tu souhaites ? Non ? Alors tu devrais peut-être commencer à réfléchir, histoire d’être prêt à affronter ma rhétorique si un jour j’en viens à te tester. L’affronter autrement qu’en restant bêtement borné sur tes positions, s’entend.
Pour qui je me prends ? Ah ! Enfin une question.
& bien figure-toi que je ne me prends pas. Je suis, & je sais qui je suis, ainsi que pourquoi. & sois certain que je ne suis ni mieux ni moins bien que toi : simplement la différence entre nous c’est que moi, je ne viens pas te faire chier avec ma différence. Je l’affirme, la porte, & parfois même la clame dans ce qu’elle a de plus beau comme de plus méprisable, mais jamais -& c’est ce qui nous sépare- je ne viendrai me plaindre que tu n’es pas comme moi. Tant mieux si nous ne pensons pas de la même façon, je préfère ça : ça enrichit l’univers. Quel dommage, pourtant, que cela te gène que je ne porte pas le même uniforme que toi.
Toujours est-il qu’étant fatigué de ce cirque & de ses clowns j’ai décidé de me faire oublier, de pister Lady Bidule en dehors de la piste & de n’apparaître plus devant la foule que subrepticement, ou alors ce sera à la maison. Désormais je monterai sur scène, & il n’y a plus que là, & parfois peut-être sur les murs aussi, que l’on me verra. Je laisse la branchouille aux branchés, l’underground aux taupes, & l’alternatif à ceux qui alternent. Quant à ces cocktails ou l’on ne m’invitera je l’espère jamais, je les laisse à ceux qui se croient sortis du lot qui se croit sorti du lot pour se jeter dans cette loterie sans pitié, où les gens s’écrasent non seulement avec les commérages de concierges, comme ici, mais aussi avec l’argent & le pouvoir.
L’argent, il ne m’en faut que très peu pour être heureux. Mais comprend-moi bien, babapunk : ce peu, je le veux.
& ce que je veux vraiment… tu te souviens.
Je le veux, disais-je, parce que j’ai compris que c’est un bon moyen -pas le seul, mais un bon- pour qu’on me foute la paix d’un côté comme de l’autre. & plus j’en aurai plus on me foutra la paix. J’admets que c’est très triste, mais c’est vrai.
Quant au pouvoir… j’en aurai peut-être des fragments en même temps que l’argent & le reste, mais honte à moi si je m’en sers. Peut-être une ou deux fois pour avoir la paix, mais le moins possible : je préfère ne pas trop y goûter. J’aurais bien trop peur d’y prendre goût & de redevenir un loup blanc, ou pire encore un de ces bureaucrates qui s’auto-consacrent directeurs de salle ou adjoints à la culture. Beurk !
Les responsabilités ? J’en veux plus, parce que ça oblige à être responsable de, & pour, les autres. Eux, ça les arrange d’avoir ce type, ou cette meuf, qui remue la merde à leur place & qui, en cas de mauvaise réputation, se prend tout dans la tronche. Bien sûr en cas de bonne réputation c’est différent : tout le monde vient dire « j’y étais », même ceux qui n’y étaient pas. Mais en cas de mauvaise réputation ces gamins artistico-touristes se font soudain oublier. Pire encore, histoire de ne pas perdre la face certains préfèrent même perdre leur âme. Du jour au lendemain le « nous » devient un « eux », & l’on s’en va fièrement baver avec les nouveaux copains sur les anciens en oubliant -quelle distraction, ces artistes- que l’on était encore avec les anciens au moment des faits. Ces faits divers qui nourrissent & amusent la rumeur publique de ceux qui donnent trop d’importance aux autres alors que pour l’instant, et jusqu’à nouvel ordre, nous sommes tous des nabots dans un monde de nabots. Allez, nabot, crache-moi dessus tant & plus : cela ne fait que prouver l’impact que j’ai sur toi & que pourtant tu nies. Cela ne fera même qu’aider l’Histoire à se souvenir de mon nom quand elle aura depuis longtemps oublié le tien. Crache, crache : ça me fait mal, certes, mais cela me rapproche aussi de ce jour pas si lointain où ça ne me fera plus ni chaud ni froid.
& tu voudrais que j’aie des scrupules à faire du blé avec mon art ? A l’heure où j’osais encore espérer que l’officieux était plus noble et plus honnête que l’officiel, peut-être. Mais à présent que tu m’as prouvé et re-prouvé que l’habit ne fait pas le révolutionnaire, je serai fier de faire du fric avec mon art. Si toutefois j’y parviens un jour, parce que contrairement à ce que tu racontes, l’art n’a jusque-là fait que m’en coûter, du fric. J’irai même jusqu’à dire que je serai fier de me prostituer, car mon art est une partie de moi donc : si je le vends, je me vends. Ma foi, si je suis assez beau pour qu’on m’achète, fort bien. Ça t’a plu ? T’en veux encore du beau ? Alors bouffe : je ferai du beau avec l’amour, avec le sexe & avec Dieu, ce qui est facile. Puis, quand tu seras fatigué(e) de l’amour, du sexe & de Dieu, je ferai du beau avec le sang, la sueur, les larmes, et la merde même s’il le faut. Mais ne t’inquiète pas : j’y mettrai toujours mes tripes & mon âme. En cela, cher public, je te respecterai.
& si tu crois que l’art est quelque chose d’élitiste & d’égocentrique, sache que tu as partiellement raison. Ceci dit l’art a au moins le mérite de donner du rêve aux gens, & tu sais, le rêve, c’est peut-être bien le dernier moyen qui nous reste de sauver le monde. Pourquoi ? Parce que l’artiste -en tous cas moi et ma famille de freaks, je ne peux pas parler pour tous les autres- essaie tant bien que mal de lutter pour l’épanouissement & la liberté individuels. Hors un jour, babapunk, tu comprendras que l’épanouissement & la liberté de la « société », comme tu l’appelles, passe avant tout par ceux des individus qui forment cette société. Oui, ces mêmes individus à qui tu dis à longueur de journée que ce qu’ils font est mal pour te sentir meilleur(E). De mon coté, crois bien que je sers l’Univers si je parviens à aider ne serait-ce qu’UNE personne à y voir un peu plus clair pendant une demi-heure. & je préfère être un artiste intègre qui vend ses idées, qu’un ringard anonyme de plus qui déverse dans le vide les idées des autres. Au moins si les gens achètent mes idées, je sais qu’ils auront une bonne raison d’y être attentifs.
Quant à cette vaste plaisanterie qui consiste à dire que « tout le monde est artiste », & que c’est donc pure vanité que de prétendre l’être… Oui, bien sûr : & tout le monde est aussi médecin & boulanger, tant que tu y es ! Est-ce parce que l’on a appris à vaguement faire du pain ou à faire un pansement que l’on devient boulanger ou médecin ? & bien je te prie de croire que tes jongleries à deux boules ou tes trois accords de guitare ne font pas de toi un praticien qui a des milliers d’heures de travail derrière lui… Il faut pourtant bien ça : & pour pondre quelque chose d’artistiquement valable, & pour comprendre ne serait-ce qu’un soupçon de ce qu’implique réellement une authentique recherche artistique en terme d’engagement, d’investissement & de renoncement ! Crois-moi : tu n’en devines pas un fragment, sans quoi tu aurais déjà appris le sens du mot « humilité ». Alors mets-là en veilleuse avec tes grandes idées, & apprend donc à faire quelque chose !
Lorsque tu auras assimilé tout ça, tu pourras revenir me voir, mais je serai déjà ailleurs en train d’explorer d’autres territoires, d’autres cœurs & d’autres corps. De me faire insulter par des filles outrées de me voir être plus une fille qu’elles, de me faire mépriser par des gros cons affolés de constater que je peux -& c’est vrai- être encore plus con qu’eux. Ils diront : « Il ne veut pas d’enfants parce qu’il est égoïste ». Je répondrai « parfaitement ! ». Oui je suis parfois égoïste parce que, imbécile, si je ne me cassais pas de temps en temps seul dans le désert, je ne pourrais pas m’y ressourcer & t’offrir ensuite ce que je t’offre. & puisque, malgré ton air de ne pas y toucher, tu reviens & tu en redemandes toujours, c’est bien que finalement tu y trouves ton compte !
& non, je ne veux pas d’enfants, ni de père, ni de mère, ni d’aucune autre forme de famille que celles que j’aurai choisies. Il y en a qui disent « Je ne vois pas ce que je ferais avec un enfant ». Moi, figure-toi, je ne vois pas ce qu’un enfant ferait avec moi. Je suis bien trop instable, & je peine déjà trop à m’élever moi-même, pour être capable d’élever un enfant. & puis de toute façon ce concept de famille me terrorise : sous prétexte que l’on a quelques chromosomes en commun il faut se voir & s’appeler sans cesse, même & surtout lorsque l’on n’a rien à se dire. & malheur à qui s’y refuse : il devient un criminel, un monstre dépourvu de sentiments qui ne va pas voir sa mère mourante à l’hôpital. J’y suis quand même allé, à la fin. Je lui caressais les cheveux au moment où elle est morte. Je l’aimais. Mais tu vois, je n’attends pas depuis des années que la mort me libère de cette prison-là pour, à peine mon vœu réalisé, m’en construire une autre !
Ce que je veux & ce que j’ai ce sont des âmes-sœurs capables de comprendre que des fois je ne réponds pas à la sonnette, & que d’autres je n’appelle pas pendant trois mois. Ceux & celles qui ne sont pas fichu(e)s de comprendre quelque chose d’aussi fondamental chez moi que mon besoin d’indépendance ne m’intéressent pas. Ceux & celles qui le comprennent & le respectent, tout comme ceux et celles qui me connaissent moins mais s’abstiennent, de facto, de me juger, sont certain(e)s de mon dévouement & de mon amour, de mon respect & de ma confiance. Ceux & celles-là, je remercie chaque jour l’Univers de les avoir mis(es) sur mon chemin. & je les remercie eux/elles-mêmes chaque jour d’exister. Avoir l’opportunité de les aimer est l’une de ces bonnes étoiles qui me suivent sans cesse depuis ma résurrection.
Voilà. Sur ce je te remercie d’avoir eu la patience de me lire jusque là, & je te salue bien bas. Il était légitime que pour une fois ce soit moi qui vole un peu de leur temps aux passant(e)s, & non l’inverse comme toujours.
Sache juste, car c’est somme toute le plus important, que JE T’AIME, ami(e) passant(e), & ce aussi couillon(ne) que tu puisses parfois être. Si tu en doutes, dis-toi que si je ne t’aimais pas, je ne gaspillerais pas mon temps, mon encre & mon papier à t’écrire des lettres, & à les coller sur les murs.
En tout cas, maintenant tu peux m’aimer ou me détester en toute légitimité : tu sais enfin à qui tu as affaire.
& ça, ça nous changera tous les deux.
CREUSE ÇA.
Flash. Qui suis-je ?
Flash. Voitures, gens, bruit.
Flash. Je suis un petit animal urbain, parfaitement adapté à mon environnement.
Voitures, gens, bruits, immeubles, trottoirs. Ambulances : je les maudis, ces boites à capharnaüm roulantes, ces parasites sonores ! Un jour j’en shooterai une au bazooka, ça me défoulera & ça en fera toujours une de moins sur terre.
Une de moins…
Une de moins...
« Ça fera toujours un connard de moins sur la terre. »
Flash… back.
Je ne suis pas encore né. Maman est enceinte.
Fausse couche. Pas de bébé cette année.
« Ça fera toujours un connard de moins sur la terre. »
Merci, Papa, & si ça avait été moi, le connard ? Avant même d’être conçu je suis jugé, évalué, pesé, emballé : « un connard de moins ».
Quatre ans passent : Maman est enceinte. De moi cette fois, c’est sûr.
Ça fera toujours un connard de plus sur la terre.
14/11/76. Quinze heures trente. Bonjour le monde ! Faites pas cette tête. Une fille ? Connais pas. Désolé je suis un garçon : va falloir vous y faire. Moi aussi, d’ailleurs, va falloir que je m’y fasse.
J’aime bien les filles, c’est plus spatial.
Faute d’en être une je leur vouerai un culte.
J’ai deux ans. Papy est mort. Je l’aime, mais ça ne me rend pas triste, la mort. Je suis trop jeune, qu’ils disent. & si j’étais déjà trop vieux, hein ?
J’ai cinq ans. Tout le monde m’aime. Papa, Maman, grands-parents, oncle & tante. Je suis le seul enfant de la famille & je grandis seul parmi les adultes. Faute d’être une fille, c’est déjà ça. D’ailleurs, déjà, les doux yeux de Lady Bidule me fascinent. Pas grave, Lady Bidule est avec moi. Elle n’a que cinq ans elle aussi, mais déjà elle est précisément la plus spatiale de l’école. J’ai beaucoup de respect pour elle.
Je veux : j’ai. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est comme ça. Rien ne me résiste. & de toute façon, j’ai déjà depuis longtemps compris une chose cruciale : à cinq ans je suis déjà beaucoup plus intelligent que tout un tas d’adultes. Je serai roi, un jour.
J’ai six ans. Une nuit. Cris, larmes, on me tire du lit & on m’assène la terrible vérité, la première d’une longue série : Papa n’aime plus Maman.
Ah ? Bon…
La vérité, je préfère la connaître, mais j’aurais quand même préféré qu’elle soit autre.
Six ans-quinze ans : dix ans de malheur. Un miroir & trois verres Nutella.
1982 : je serai roi.
1992 : je suis mort.
Mort.
MORT !
Récapitulons :
J’ai sept ans, & déjà ça cloche : Maman est cassée, des fois elle pisse le sang. Papa est ailleurs & il s’en fout.
J’ai huit ans. On m’arrache à mon école, de fait à mon royaume & à Lady Bidule, pour me jeter en pleine jungle. Adieu, Lady Bidule, adieu, royaume. Maintenant je suis un esclave & tout le monde me tape dessus : à l’école, à la maison. Maman est réparée, mais sa tête ne marche plus. « Blam ! Prend ma main dans la tronche. Blam ! Prend cette vérité, & celle-là, & celle-là encore : le monde est pourri de l’intérieur, toutes tes convictions sont des illusions ! » J’ai huit ans, & je suis un esclave. Bien, puisque tout déraille : moi aussi. Je serai un esclave fou.
J’ai neuf ans. On finit de m’arracher à tout ce qui me donne encore un peu de joie. Exil à la campagne. M’en fous, je suis fou.
J’ai dix ans. Je hais l’univers.
J’ai onze ans. Le sang continue de couler, plus alcoolisé que jamais. Je n’ai même plus la force de haïr quoi que ce soit. Je suis fatigué. Lady Bidule n’est plus qu’un lointain souvenir, en aucun cas un espoir. Un quoi ? Il n’y a plus d’espoir.
J’ai douze ans. Retour aux sources. L’espoir renaît : alors Maman, à qui ça ne plaît pas, le chasse à grand renfort de coups & d’insultes. Premier contact avec l’enfer, le vrai. Moi qui croyais avoir tout vu…
J’ai treize ans. Lady Bidule me crache à la gueule, Maman aussi. On me montre du doigt dans la rue. Je m’en fous : ça fait mal, très mal, mais je survivrai.
J’ai quatorze ans. Vivre en enfer, ça épuise. Je me raccroche à un rêve : vain. Alors je veux mourir, oublier tout & disparaître dans le néant. Pas moyen. Alors je deviens de plus en plus fou, & comme on continue de me montrer du doigt, je commence à comprendre que je ne serai jamais tout à fait normal. Alléluia ! Ce sera ma petite gloire personnelle, la dernière fierté qui me reste.
J’ai quinze ans. Je vais mourir, c’est inévitable. J’ai tenu le coup neuf ans grâce, peut-être, à une seule raison : je sais que tout se qui ce passe n’est pas de ma faute, que je suis le jouet d’esprits malades & qu’un jour, je leur échapperai. Mais cette raison ne suffit plus à me tenir debout. Mes jambes marchent toutes seules, ma bouche émet encore quelques sons, de plus en plus rares. J’ai échappé à l’enfer : enfin je suis libéré de Maman. Mais l’horreur ça ne s’oublie pas comme ça, & elle me gangrène de l’intérieur. Non, vraiment, je ne peux plus que mourir.
& puis voilà qu’un ange bleu s’en mêle, & que le premier ange blanc débarque sans crier gare : « Toi, je ne vais pas te laisser crever comme ça ! ». Puis viens la dame en noir, qui me prend sous son aile & me berce. C’est inespéré & beau. Pour quelqu’un comme moi tout cela est même merveilleux. Mais c’est trop tard. Je meurs.
Repose en paix…
& je renais ! Ma résurrection est un délice, extase dans la grande joie & décision inaltérable : je vivrai dans cette vie tout ce qui m’a été volé dans la précédente. Alors, je pars à la conquête du monde, & à nouveau plus rien ne m’arrête. De chaque erreur j’apprends, chaque échec me rend plus fort. Je deviens presque roi cette fois, & j’en reviens car je saisis que la bienveillance envers autrui est la seule façon d’avancer. & enfin… ENFIN… Lady Bidule.
L’aventure commence !
Puis viens la claque inattendue, l’épreuve qui devait me laver de toutes les errances de ma vie antérieure. J’en chie, mais c’est pour la bonne cause. Jusqu’à cette seconde révolution spirituelle, dans laquelle je suis encore jusqu’au cou, où je peux enfin me regarder en face & aimer ce que je vois.
« Aime ton prochain comme toi t’aimes. »
Peut-être.
Ce que je veux vraiment : je l’ai.
Petit animal urbain, je marche dans ma forêt de béton, c’est là que je me sens bien. La seule chose qui me manque parfois, c’est l’anonymat. Il arrive même encore que l’on me montre du doigt dans la rue, mais c’est maintenant avec bienveillance ou désir, alors ça ne me gène plus.
L’hiver, je regarde à l’intérieur de moi. Au printemps ce n’est plus possible, car Lady Bidule réapparaît comme fleur sur un arbre & obnubile toute mon attention. Son déhanchement me rend fou, ses longues jambes effilées me crucifient, la lumière du soleil sur son épaule me transperce les tripes, quant à son visage… aaaaargh ! C’est la cause première, le péché originel en quelque sorte : celui qui te pousse à sortir nu sous la neige pour aller chasser. Celui qui te pousse à construire brique par brique une cabane pour te protéger du vent & des bêtes féroces, alors même que tes bras n’ont plus de force.
Parfois, alors, quand je n’en peux plus, je vais jusqu’au bout de mon désir. J’assume, comme qui dirait. Je me méfie pourtant des illusions car Lady Bidule en est pleine, & moi aussi d’ailleurs. Or je ne peux concevoir d’aller sur la lune ou ailleurs avec elle si je n’ai rien à lui dire. Alors quand une féministe sexiste vient me voir & m’accuse, moi, de sexisme à cause d’un exercice de style écrit à dix-huit ans -ou pire encore : juste parce que je suis un mec !- je ne me donne même plus la peine de répondre. Ça me fait le même effet que lorsqu’un catholique me traite d’hérétique parce que j’affirme qu’honorer longuement un clitoris est l’une des plus belles façon de louer Dieu. De toute évidence, Monsieur le catholique, Madame la féministe, tu n’as RIEN compris. Ni à Dieu, ni à l’anti-sexisme, et à moi encore moins. Figure-toi que je suis une femme, aussi. & même un peu de Dieu. Tu crois que je ne le suis pas ? Tu crois que je ne suis pas affranchi de ces idées qui t’écrasent la pensée ? & bien tu te trompes. & tu te trompes par orgueil plus que par conviction : c’est précisément pour cela que je me permets, Monsieur le catholique, Madame la féministe, de te cracher affectueusement à la gueule.
Affectueusement ? Oui : ma colère ne contient pas de haine. La haine, je l’ai épousé jadis, & ça ne m’a apporté que des emmerdes : alors je n’en veux plus ! J’aime comme je respire, & s’il m’arrive de t’aimer, prend garde car je m’en vais balayer tes idées reçues & tes petites cases à grands coups d’orgasmes & de mots doux. C’est comme ça, il va falloir t’y faire. & tu peux éteindre ta radio, car ma chanson à moi ne tient pas en trois minutes trente. Ravale ton amour formaté, sois avant tout mon ami(e) & fredonne-moi une symphonie à l’oreille, ou sinon retourne frimer en terrasse de ton bar favori. Tu y trouveras plus de vils flatteurs qu’il ne t’en faut. Moi j’ai assez brassé de vent pour m’en être mis jusque-là des « salut ! » et des « ça va ? » La vie a fait que je suis ami de certains loups blancs, alors par jeu -& par besoin de reconnaissance, il faut bien l’avouer- je suis moi-même devenu un loup blanc, le genre que tout le monde vient saluer bien bas pour avoir sa part du gâteau. Prenez-le tout entier ce putain de gâteau de viande froide : je ne saurais plus quoi en faire. A compter d’aujourd’hui je suis un agneau, pourpre de surcroît, & je ne bouffe plus que de l’herbe. Et l’Univers sait que c’est bon, l’herbe.
Retour à Lady Bidule : je n’en avais pas fini avec elle lorsque tu m’as si grossièrement interrompu ! Des fois, je décide donc de croiser des arcs-en-ciel avec Lady Bidule pour combler ce vide noir & glacial qui m’habite encore de temps à autre. Je vais pour assouvir ma soif & souvent je renonce en route, parce que ça n’en vaut pas la peine, & que je préfère encore me tripoter seul dans mon lit que de mélanger mes fluides avec n’importe qui. & crois-moi, mes draps ont épongé plus de sperme que l’Erika n’a déversé de pétrole dans l’océan.
Et puis il y a ces fois, si précieuses, où je m’entête à tenter le tout pour le tout : « Toi, tu seras mon ange ». Je cristallise mes sentiments, j’épouse le langage le plus incisif & je me lance.
Ce que je veux vraiment, je l’ai.
Pas juste à cause de mes beaux yeux verts, eux-mêmes acquis au prix de tant d’efforts ; mais parce que je ne le veux pas pour de mauvaises raisons, ni aux dépens de quiconque.
& je l’ai, ma divinité : un esprit à décrypter, un corps à explorer. Je m’acharne alors à faire parler mon cadeau, à mettre son âme à nu. Car si elle doit se mettre nue devant moi, j’aime autant qu’elle le fasse aussi & surtout spirituellement. Il va de soi que, ne sachant réclamer ce que je ne saurais moi-même offrir, je m’efforce d’en faire autant. « Avant de mettre ma queue dans ta bouche, assure-toi de me connaître vraiment pour ne rien regretter ensuite. »
& si nous passons l’épreuve des mots, en ce cas seulement, le vide noir & glacial commence à se remplir, & je peux donner tout ce que je n’ai pas reçu :
Ces lèvres qui effleurent tes cils, c’est pour Maman ivre morte & en fauteuil roulant, qui pisse le sang.
Ce long chassé-croisé entre nos deux langues, c’est pour Papa qui baisait ailleurs alors que Maman m’écrasait contre les murs.
Cette main insatiable qui caresse tes côtes & tes mollets, c’est pour tous ces connards qui me mettaient des beignes sans même savoir pourquoi.
Cette bouche tranquille qui émerveille ta chair du haut de ton cou jusqu’à l’intérieur de tes cuisses, c’est pour ces heures prostré au sol à recevoir claques & coups de pieds de celle qui m’a mis au monde.
Ce coup de langue timide sur ton clitoris, c’est pour ma tempe qui claque contre la porte, & moi qui fait semblant de m’évanouir des fois que ça calme sa colère.
L’ouragan buccal qui s’ensuit & qui te fait serrer ma main de plus en plus fort, c’est pour la vision dans le miroir de ma gueule au réveil, couverte de sang coagulé : celui de Maman. Ç’aurait pu être le mien : les deux ont coulé ce soir-là.
Chaque va & vient lorsque nous ne faisons plus qu’un & que nos cœurs explosent le longtemps de cette fusion, c’est pour Maman -encore elle- qui me tripote & m’embrasse en me disant qu’elle m’aime & que l’inceste, au fond, ce n’est pas si terrible.
Tu vois : quand je parle d’enfer, en comparaison celui de Dante c’est la cour de récré ! & si tu comprends que je sois revenu de ça, alors tu comprendras que je puisse passer des heures à t’enlacer tendrement, te câliner passionnément, te rassurer & te murmurer combien je t’aime & combien je suis prêt à tout pour te donner confiance en toi et en la vie.
& l’on vient après ça me bassiner avec l’esthétique soi disant superficielle de ton corps ? Qu’y puis-je si tes traits me fascinent autrement davantage qu’une peinture de Michel-Ange ? Qu’y puis-je si chaque courbe de toi est pour moi l’illustration de l’harmonie universelle & la métaphore du cycle des planètes autour du soleil ? Qu’y puis-je si les plis & replis de ton sexe sont pour moi tout comme la cathédrale de Gaùdi : un univers à part entière dont je n’aurai jamais fini en l’observant de détailler les subtiles merveilles.
D’ailleurs parlons-en, de cette cathédrale, Monsieur le catholique & Madame la féministe. Cette cathédrale espagnole jamais achevée. Qu’est-elle, je vous le demande ? Regardez-la de face, dans son ensemble. Que voyez-vous ? Un gigantesque vagin ? Bonne réponse. Ou quand la Sainte Église elle-même, qui l’eut cru ?, cautionne ma vision de la foi. Pourtant c’est un fait : au centre de Barcelone trône un vagin de plusieurs centaines de mètres de haut, orné pour faire bonne mesure d’un clitoris démesuré, & chaque dimanche on y va prier, & se défendre d’une époque où le sexe est roi.
« Dis, Shaomi, tu tomberais amoureux d’une femme obèse ? »
Pfff…
D’une punk obèse, sûrement pas !
& toi, à quinze ans, tu serais tombée amoureuse d’un ado boutonneux et binoclard ?
Tu vois comme c’est facile de répondre à côté d’une question, ou si l’on veut bien retourner le problème, de poser une question à côté de la réponse.
Mais néanmoins, sache que j’ai le plus grand respect pour toi car au moins tu te donnes la peine de venir me poser des questions. En venant me parler ainsi, tu fais un effort louable face à tes congénères. & oui, tes congénères, tu sais : ces petits animaux urbains qui se prétendent des humains. & bien tes congénères évitent de se poser trop de questions &, dans la foulée, de m’en poser. C’est plus facile d’extrapoler sans savoir ce que l’autre a à dire & pourquoi il le dit. Si je suis libre, ce n’est pas grâce à eux ni grâce à toi, car si j’avais du compter sur vos promesses d’émancipation, j’aurais pu attendre longtemps. Tu vois, ce qui m’agace, c’est cette façon qu’ont les gens de prétendre qu’ils ne m’ont rien demandé alors qu’ils ne cessent implicitement de me demander des comptes. Moi, la seule chose que je leur demande c’est de ne pas m’emmerder, ou alors de le faire intelligemment. Là, très bien. Sans cela, ça ne fait avancer ni eux ni moi. Est-ce donc trop demander aux gens que de m’emmerder avec subtilité ?
Apparemment, oui.
C’est fâcheux, mais à force de cracher dans la soupe on finit par s’y noyer. Toi, là-bas, par exemple. Oui, toi le petit branleur déguisé en rebelle comme d’autres se déguisent en jeunes cadres dynamiques, qui me toise d’un air supérieur en criant à tout vent que je suis ci ou ça. & bien sois prudent parce qu’un jour je vais peut être en avoir assez & venir te les poser, toutes ces questions que tu ne m’as pas posées avant d’élaborer tes grandes théories sur moi. Je m’en vais te les lancer en pleine face, juste pour rire. Je vais venir à toi, te faire parler & te laisser démontrer toi-même que tu ne tiens pas debout. & la démonstration que tu feras de ta propre incohérence sera telle que lorsque je t’en ferai prendre conscience, tu partiras en larmes te cacher dans les traboules & l’on entendra plus jamais parler de toi. C’est ce que tu souhaites ? Non ? Alors tu devrais peut-être commencer à réfléchir, histoire d’être prêt à affronter ma rhétorique si un jour j’en viens à te tester. L’affronter autrement qu’en restant bêtement borné sur tes positions, s’entend.
Pour qui je me prends ? Ah ! Enfin une question.
& bien figure-toi que je ne me prends pas. Je suis, & je sais qui je suis, ainsi que pourquoi. & sois certain que je ne suis ni mieux ni moins bien que toi : simplement la différence entre nous c’est que moi, je ne viens pas te faire chier avec ma différence. Je l’affirme, la porte, & parfois même la clame dans ce qu’elle a de plus beau comme de plus méprisable, mais jamais -& c’est ce qui nous sépare- je ne viendrai me plaindre que tu n’es pas comme moi. Tant mieux si nous ne pensons pas de la même façon, je préfère ça : ça enrichit l’univers. Quel dommage, pourtant, que cela te gène que je ne porte pas le même uniforme que toi.
Toujours est-il qu’étant fatigué de ce cirque & de ses clowns j’ai décidé de me faire oublier, de pister Lady Bidule en dehors de la piste & de n’apparaître plus devant la foule que subrepticement, ou alors ce sera à la maison. Désormais je monterai sur scène, & il n’y a plus que là, & parfois peut-être sur les murs aussi, que l’on me verra. Je laisse la branchouille aux branchés, l’underground aux taupes, & l’alternatif à ceux qui alternent. Quant à ces cocktails ou l’on ne m’invitera je l’espère jamais, je les laisse à ceux qui se croient sortis du lot qui se croit sorti du lot pour se jeter dans cette loterie sans pitié, où les gens s’écrasent non seulement avec les commérages de concierges, comme ici, mais aussi avec l’argent & le pouvoir.
L’argent, il ne m’en faut que très peu pour être heureux. Mais comprend-moi bien, babapunk : ce peu, je le veux.
& ce que je veux vraiment… tu te souviens.
Je le veux, disais-je, parce que j’ai compris que c’est un bon moyen -pas le seul, mais un bon- pour qu’on me foute la paix d’un côté comme de l’autre. & plus j’en aurai plus on me foutra la paix. J’admets que c’est très triste, mais c’est vrai.
Quant au pouvoir… j’en aurai peut-être des fragments en même temps que l’argent & le reste, mais honte à moi si je m’en sers. Peut-être une ou deux fois pour avoir la paix, mais le moins possible : je préfère ne pas trop y goûter. J’aurais bien trop peur d’y prendre goût & de redevenir un loup blanc, ou pire encore un de ces bureaucrates qui s’auto-consacrent directeurs de salle ou adjoints à la culture. Beurk !
Les responsabilités ? J’en veux plus, parce que ça oblige à être responsable de, & pour, les autres. Eux, ça les arrange d’avoir ce type, ou cette meuf, qui remue la merde à leur place & qui, en cas de mauvaise réputation, se prend tout dans la tronche. Bien sûr en cas de bonne réputation c’est différent : tout le monde vient dire « j’y étais », même ceux qui n’y étaient pas. Mais en cas de mauvaise réputation ces gamins artistico-touristes se font soudain oublier. Pire encore, histoire de ne pas perdre la face certains préfèrent même perdre leur âme. Du jour au lendemain le « nous » devient un « eux », & l’on s’en va fièrement baver avec les nouveaux copains sur les anciens en oubliant -quelle distraction, ces artistes- que l’on était encore avec les anciens au moment des faits. Ces faits divers qui nourrissent & amusent la rumeur publique de ceux qui donnent trop d’importance aux autres alors que pour l’instant, et jusqu’à nouvel ordre, nous sommes tous des nabots dans un monde de nabots. Allez, nabot, crache-moi dessus tant & plus : cela ne fait que prouver l’impact que j’ai sur toi & que pourtant tu nies. Cela ne fera même qu’aider l’Histoire à se souvenir de mon nom quand elle aura depuis longtemps oublié le tien. Crache, crache : ça me fait mal, certes, mais cela me rapproche aussi de ce jour pas si lointain où ça ne me fera plus ni chaud ni froid.
& tu voudrais que j’aie des scrupules à faire du blé avec mon art ? A l’heure où j’osais encore espérer que l’officieux était plus noble et plus honnête que l’officiel, peut-être. Mais à présent que tu m’as prouvé et re-prouvé que l’habit ne fait pas le révolutionnaire, je serai fier de faire du fric avec mon art. Si toutefois j’y parviens un jour, parce que contrairement à ce que tu racontes, l’art n’a jusque-là fait que m’en coûter, du fric. J’irai même jusqu’à dire que je serai fier de me prostituer, car mon art est une partie de moi donc : si je le vends, je me vends. Ma foi, si je suis assez beau pour qu’on m’achète, fort bien. Ça t’a plu ? T’en veux encore du beau ? Alors bouffe : je ferai du beau avec l’amour, avec le sexe & avec Dieu, ce qui est facile. Puis, quand tu seras fatigué(e) de l’amour, du sexe & de Dieu, je ferai du beau avec le sang, la sueur, les larmes, et la merde même s’il le faut. Mais ne t’inquiète pas : j’y mettrai toujours mes tripes & mon âme. En cela, cher public, je te respecterai.
& si tu crois que l’art est quelque chose d’élitiste & d’égocentrique, sache que tu as partiellement raison. Ceci dit l’art a au moins le mérite de donner du rêve aux gens, & tu sais, le rêve, c’est peut-être bien le dernier moyen qui nous reste de sauver le monde. Pourquoi ? Parce que l’artiste -en tous cas moi et ma famille de freaks, je ne peux pas parler pour tous les autres- essaie tant bien que mal de lutter pour l’épanouissement & la liberté individuels. Hors un jour, babapunk, tu comprendras que l’épanouissement & la liberté de la « société », comme tu l’appelles, passe avant tout par ceux des individus qui forment cette société. Oui, ces mêmes individus à qui tu dis à longueur de journée que ce qu’ils font est mal pour te sentir meilleur(E). De mon coté, crois bien que je sers l’Univers si je parviens à aider ne serait-ce qu’UNE personne à y voir un peu plus clair pendant une demi-heure. & je préfère être un artiste intègre qui vend ses idées, qu’un ringard anonyme de plus qui déverse dans le vide les idées des autres. Au moins si les gens achètent mes idées, je sais qu’ils auront une bonne raison d’y être attentifs.
Quant à cette vaste plaisanterie qui consiste à dire que « tout le monde est artiste », & que c’est donc pure vanité que de prétendre l’être… Oui, bien sûr : & tout le monde est aussi médecin & boulanger, tant que tu y es ! Est-ce parce que l’on a appris à vaguement faire du pain ou à faire un pansement que l’on devient boulanger ou médecin ? & bien je te prie de croire que tes jongleries à deux boules ou tes trois accords de guitare ne font pas de toi un praticien qui a des milliers d’heures de travail derrière lui… Il faut pourtant bien ça : & pour pondre quelque chose d’artistiquement valable, & pour comprendre ne serait-ce qu’un soupçon de ce qu’implique réellement une authentique recherche artistique en terme d’engagement, d’investissement & de renoncement ! Crois-moi : tu n’en devines pas un fragment, sans quoi tu aurais déjà appris le sens du mot « humilité ». Alors mets-là en veilleuse avec tes grandes idées, & apprend donc à faire quelque chose !
Lorsque tu auras assimilé tout ça, tu pourras revenir me voir, mais je serai déjà ailleurs en train d’explorer d’autres territoires, d’autres cœurs & d’autres corps. De me faire insulter par des filles outrées de me voir être plus une fille qu’elles, de me faire mépriser par des gros cons affolés de constater que je peux -& c’est vrai- être encore plus con qu’eux. Ils diront : « Il ne veut pas d’enfants parce qu’il est égoïste ». Je répondrai « parfaitement ! ». Oui je suis parfois égoïste parce que, imbécile, si je ne me cassais pas de temps en temps seul dans le désert, je ne pourrais pas m’y ressourcer & t’offrir ensuite ce que je t’offre. & puisque, malgré ton air de ne pas y toucher, tu reviens & tu en redemandes toujours, c’est bien que finalement tu y trouves ton compte !
& non, je ne veux pas d’enfants, ni de père, ni de mère, ni d’aucune autre forme de famille que celles que j’aurai choisies. Il y en a qui disent « Je ne vois pas ce que je ferais avec un enfant ». Moi, figure-toi, je ne vois pas ce qu’un enfant ferait avec moi. Je suis bien trop instable, & je peine déjà trop à m’élever moi-même, pour être capable d’élever un enfant. & puis de toute façon ce concept de famille me terrorise : sous prétexte que l’on a quelques chromosomes en commun il faut se voir & s’appeler sans cesse, même & surtout lorsque l’on n’a rien à se dire. & malheur à qui s’y refuse : il devient un criminel, un monstre dépourvu de sentiments qui ne va pas voir sa mère mourante à l’hôpital. J’y suis quand même allé, à la fin. Je lui caressais les cheveux au moment où elle est morte. Je l’aimais. Mais tu vois, je n’attends pas depuis des années que la mort me libère de cette prison-là pour, à peine mon vœu réalisé, m’en construire une autre !
Ce que je veux & ce que j’ai ce sont des âmes-sœurs capables de comprendre que des fois je ne réponds pas à la sonnette, & que d’autres je n’appelle pas pendant trois mois. Ceux & celles qui ne sont pas fichu(e)s de comprendre quelque chose d’aussi fondamental chez moi que mon besoin d’indépendance ne m’intéressent pas. Ceux & celles qui le comprennent & le respectent, tout comme ceux et celles qui me connaissent moins mais s’abstiennent, de facto, de me juger, sont certain(e)s de mon dévouement & de mon amour, de mon respect & de ma confiance. Ceux & celles-là, je remercie chaque jour l’Univers de les avoir mis(es) sur mon chemin. & je les remercie eux/elles-mêmes chaque jour d’exister. Avoir l’opportunité de les aimer est l’une de ces bonnes étoiles qui me suivent sans cesse depuis ma résurrection.
Voilà. Sur ce je te remercie d’avoir eu la patience de me lire jusque là, & je te salue bien bas. Il était légitime que pour une fois ce soit moi qui vole un peu de leur temps aux passant(e)s, & non l’inverse comme toujours.
Sache juste, car c’est somme toute le plus important, que JE T’AIME, ami(e) passant(e), & ce aussi couillon(ne) que tu puisses parfois être. Si tu en doutes, dis-toi que si je ne t’aimais pas, je ne gaspillerais pas mon temps, mon encre & mon papier à t’écrire des lettres, & à les coller sur les murs.
En tout cas, maintenant tu peux m’aimer ou me détester en toute légitimité : tu sais enfin à qui tu as affaire.
& ça, ça nous changera tous les deux.
CREUSE ÇA.
2 commentaires:
j ai lu, c était touchant,je lirai le reste après
waouh !! et ben quelle belle profession de foi...
Merci à toi, ca donne envie d'écrire;
et que l'énergie féminine encore longtemps t'habite!!
Astrance
Enregistrer un commentaire