Les fous

Bienvenue dans la jungle !
Béton & bakélite, prison interdite !

Je marchais dans la rue ce jour-là
Assommé ! Etouffé !
Possédé par les radiations de l’été
Pollution, absolution
Qui se souciait de mes poumons enfumés ?
Je marchais dans la rue ce jour-là
Sans surtout rien demander
À personne ! Car en ces temps les passants m’en volaient trop
Adossé contre un mur, un homme au regard vide
M’interpella, murmurant dans sa torpeur
Des mots de haine ! Des mots de chair !
« Oh… les chattes. Donnez-moi une chatte »
Je n’étais pas très sûr d’avoir capté
Ce message d’insanité
Je voulais juste m’échapper
J’errais sur le bitume ce jour-là
J’avais trop de dettes à payer
Trop de soucis pour mon cerveau mutilé
Quand cette femme, haïssable
Que je n’avais jamais encore croisé
A regardé droit dans mon âme
Regard inquisiteur, accusateur
Elle dit que j’étais un salaud, j’avais volé sa vie
Alors je me suis enfui

Pourquoi ces gens venaient-ils me parler ?
Pourquoi ces gens voulaient-ils m’aborder ?
C’est alors, que j’ai compris…

Les fous…
Ils sont là !
Jamais ne partent, jamais ne me ratent
Jaloux de mon bonheur apparent
Désireux de m’imbiber de leurs relents
Je n’ai pourtant pas de sixième sens
Mais la vie de ces morts-là est intense
Méfiez-vous des fous urbains
Qui avec vous veulent ne faire qu’un
ILS SONT LÀ ! OÙ SOMMES-NOUS ?

J’étais captif, je suffoquais en ce mois d’août désert
La ville avait fermé ses portes
Plus d’échappatoire possible, & les fous m’avaient pris pour cible
Dès qu’il y en avait un à portée de main
Il fallait qu’entre tous
Il me choisisse pour partager ses secousses
Isolation sismique d’une névrose extatique
Même dans les magasins, me prenaient à témoin
(Bref, j’étais dans la MERDE !)
Ce vieillard fatigué, à demi trépassé
Alors que j’étais juste exténué, en quête de notes pour ma mélodie
S’est empressé de me confier ses secrets
Il venait de Neptune, il comptait faire fortune…
Je n’ai rien répondu, j’ai juste couru loin

Pourquoi ces gens venaient-ils me gonfler ?
Pourquoi ces gens voulaient-ils m’absorber ?
C’est alors que j’ai compris…

Les fous…
Ils sont là !
Jamais ne partent, jamais ne me ratent
Jaloux de ma fragile existence
Désireux de communier leurs psychoses ecchymoses
Je n’ai pourtant rien demandé
Mais la faim de ces gens-là est intense
Méfiez-vous des fous urbains
Qui avec vous veulent ne faire qu’un
ILS SONT LÀ ! OÙ SOMMES-NOUS ?

Jusqu’à cette nuit d’automne, où le froid s’abattit
Plus de canicule, juste le crépuscule
Nuages noirs accumulés au-dessus de la fourmilière
Je m’en souviens encore comme si c’était hier
D’ailleurs c’était hier…
Ou peut-être demain… quelle importance, enfin ?
Toujours est-il, sur la presqu’île
Qu’un autre malade s’approcha
Encore & encore, qu’avait donc mon corps ?
Il me transperça d’une pupille lubrique
Je sentais sa main glacée se refermer sur mes pensées humides
Il lança une injure, un mot d’amour
Lequel fut de trop ? Etais-je las des mots ?
Je l’attrapai par le col, & le jetai au sol
M’acharnai sur sa face, proférant mille menaces
« Quoi ? Quoi ? Quoi ? Saloperie ! Va en enfer ! »
& je l’y envoyai d’un ultime coup de pied
Ma raison bifurqua lorsque sa tempe claqua
& au milieu d’une mare de sang, gisait cette forme tuméfiée
Pour tous les autres il avait du payer

Pourquoi ne bougeait-il plus ?
Pourquoi ne me narguait-il plus ?
C’est alors que j’ai compris…

Les fous…
Ils sont là !
Jamais ne partent, jamais ne me ratent
Ils voulaient faire de moi l’un des leurs
Faire craquer ma carcasse désolée
Je n’avais rien demandé
Mais il était trop tard
Alors méfiez-vous de moi
Je suis contaminé, avec eux ne fais qu’un
NOUS SOMMES LÀ ! OÙ ÊTES-VOUS ?

Nous sommes là…

Où êtes-vous ?

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