Lexomil


C’est toujours le même bin’s. La nuit va tellement vite que je la rate. Peu importe mes efforts, mes heures d’entraînement pour parvenir à la rattraper, je n’y parviens jamais.
J’ai consulté mon horoscope ce matin, & voici ce que j’y ai lu : « Tu es malade, Cirédérf ! Il faut te soigner, mais tout seul tu n’y arriveras pas. Tu as besoin d’aide, contacte vite un psychiatre, lui saura quoi faire. Il faut te reposer. Si tu veux, je peux t’avoir du Lexomil à volonté. Non, non, ce n’est pas de la drogue, c’est un tran-qui-li-sant, rien à voir. Il faut que tu dormes bien, & surtout ne bois pas ».
J’ai ressenti comme un malaise sur le coup, & puis à présent j’ai des doutes. Aurait-il raison, cet horoscope ? Bon, d’accord, il m’a appelé par le nom de quelqu’un d’autre, mais s’il avait raison ? C’est vrai que j’ai peu dormi ces derniers temps. & si ça se trouve, ça MARCHE ces tran-qui-li-sants. & puis, si ce Lexomil ne suffit pas, je pourrais boire en même temps. Comme ça je m’assurerai d’un très, très long sommeil.
D’ailleurs, je m’inquiète pour ma santé. Je me suis regardé dans le miroir ce matin, & j’y ai vu quelqu’un d’autre. Un type mal rasé avec une sale gueule. Comme je ne savais pas qui c’était, j’ai préféré me détourner du miroir & penser aux blagues que me faisait ma mère pour me rassurer lorsque j’étais enfant. Ça a marché et je me suis tout de suite senti mieux, alors j’ai pleuré.
Au fond, je me demande ce qui m’amusait le plus. Était-ce lorsqu’elle faisait semblant de m’étrangler pour me détendre, ou lorsqu’elle me proposait de coucher avec moi pour m’épanouir ? Tout ça pour rire, elle me le disait encore l’autre jour. Ma mère est quelqu’un qui a beaucoup d’humour, j’ai cette chance.
En attendant, le médecin m’a accordé un arrêt de travail de trois jours pour pétage de plombs. Avec un peu d’insistance, je pense pouvoir en obtenir un de soixante ans pour crises d’hystérie. & si je m’y prend bien, je finirai rentier, logé blanchi par l’état. Nourri au prytanée, comme l’aurait voulu Socrate. On m’a parlé d’une superbe résidence, avec un grand parc. Il parait que les murs sont même rembourrés pour que le bruit des voisins ne vous gène pas. & puis ils ont plein de tran-qui-li-sants, là-bas.
Ça s’appelle le Vina... Vinatier, je crois. Je vais essayer d’y entrer, ça a l’air très bien. On a même le droit d’écrire au procureur de la république, le timbre et l’enveloppe sont fournis.

Je suis si fatigué, à présent.

3 commentaires:

Manon a dit…

La nuit me rattrape.
La nuit rattrape tout!
Le flottement, le désir de cristallisation, de bras inconnus pour vous bercer en échange d'une solitude feinte.
Bullshit, oui, ces rêves!
j'veux mon parc avec mes doses! matin midi et soir! Le seul rythme qui me tran-qui-lise...
M.

k-raw a dit…

J'aime ton écriture Shaomi,
je ne sais pas à quand remonte l'écriture de ce texte,
alors es tu partit au pays des merveilles ?
est-ce que le dieu Lexomil a exaucé tes prières ?


bien à toi

K_raw

fred a dit…

Tu écris toujours aussi bien .. mais tu as un nouveau pseudo réversible ...?