« Ne jamais ouvrir les abysses de la vérité à qui n’est pas en mesure de s’y perdre… & d’en revenir. »
Maurice G. Dantec – Laboratoire de catastrophe générale

« As bombs explode all around us, & hate advances on the right
The only thing that matters, babe, is the love that we make tonight »
Prince – Crystal Ball
(pré)volution

Cette nuit surtout

Il pénètre dans le club enfumé pour la énième fois
Toisant la salle d’un regard amusé, il dit « mon Dieu, nous revoilà »
Il n’est pas seul, porte à son bras le plus beau bracelet qui soit
Cette fille n’est pas à lui, & pourtant plus que toutes ses conquêtes
Belle, belle, belle…
Juste comme un vent de printemps
Il avance dans la pénombre, absorbé par une masse de prétentions
Le meilleur comme le pire est là pour l’accueillir
Chœurs de « ah ! enfin te voilà » scandés comme par incertitude
Tout ce que la ville compte de freaks & de néo-hippies
S’est retrouvé là encore & aussi son visage épanoui
Comme si la nuit n’attendait plus que lui
Pour commencer conspiration contre toute abnégation
Négation… négation de tout ce qui l’a mené là
Sa main enrobe le bracelet & il lui susurre…
« Merci… oui, merci d’être là »
Alibi trop assuré, elle suit son chemin
Jusqu’au bar elle s’éloigne comme un nouveau-né prêt à gémir
Il allume une clope, échange quelques mots
Juste quelques-uns pour se mettre en branle…
Puis beaucoup…
Le bracelet revient, l’embrasse sur la joue & ajoute d’un ton frémissant
« Personne ne peut plus être aussi beau que nous »
Il esquisse un sourire & murmure que le silence pourrait bien les sauver
Alors que les corps se compressent, humides, de part & d’autre
Il s’efforce de faire le tour histoire de saluer
Echanger des soupirs, partager des sentir
Sans une halte son souffle s’échauffe
Il crache du feu
Au milieu d’une pluie d’étincelles, crie sa victoire annoncée sur le dragon qu’il a terrassé…
Son reflet…
Dans le miroir s’est enfui, ne reste qu’un portrait de Dorian Gray qu’il épouserait volontiers
Tant d’années passées à peindre, devenir la plus jolie des fresques
Le monde averti de sa présence, il prend un autre verre
Histoire d’assurer ses biens contre toute catastrophe NATURELLE
Le bracelet fait son effet, il va s’oublier sur le dance-floor
Le DJ lance ses galettes, bénédiction de tous
« Fais de moi un acteur de la chasse à cour », hurle la foule affamée
Tant d’années à s’acharner, de petits bouts de papiers, enfin le monde sait qu’il est
Ça oui pour être il est
La chaleur augmente, un rythme drum’n’bass titille les vagues d’un flow enragé
Perdu dans les temps, sans commune mesure
Il jubile…
Accusant de sa chair les regards qui viennent l’effleurer
Il rappelle à l’ordre les danseurs trop ambitieux
S’éclipse tout d’un coup, finit son verre encore… & encore
Enlace une fille aux yeux violets qui partage sa prestidigitation
Prestige presque illicite, provocation d’ambition
Comme l’ambition est comblée
Plus tard, sur la terrasse du navire, il essuie le vent contre son visage
Trop bien imprégné des particules d’électricité
Est-il pourpre ce soir ? & eux mesmérisés ?
Non jamais, non jamais…
Non, non jamais assez
Alors qu’un pèlerin lui explique ce dont il se moque, il voit la divine gazelle se déplacer
Jamais vue, jamais eue, qui est-elle pour venir ici le provoquer ?
Lassé de son pèlo, il descend & la suit, demande à l’oracle conseil
Qui qu’elle puisse être il est convaincu en un mot
Un petit mot secret, que la pythie prononce par mégarde
Un petit mot secret, qui suffit à éclipser ses doutes
Assassiné, effarouché, il la poursuit jusqu’à la piste où le cirque s’essouffle
Salue le DJ, s’empresse de briller…
D’un regard se rassure, d’un pas soudain s’approche
De celui qui lui parle
Il lui dit « je-ne-sais-pas-quoi »
L’autre répond qu’il ne le sait que trop bien
La gazelle se présente, & il improvise
Il sort son pipo, son jeu impressionne
La gazelle au milieu de nulle part
Une baudruche l’assaillit, voudrait le faire couler
& sans l’ombre d’un doute, sans scrupule inutile, il l’envoie paître au loin
« Que veux-tu pour interrompre ma cérémonie ?
Les règles, nom d’un chien ! Aurais-tu mal compris ? »
Très, très, trop offusquée la baudruche se gonfle
& déjà la gazelle s’enfuit, déjà il se demande…
Comme toujours…
« Sait-elle qui elle est, & sait-elle jouer ? »
« Innocente & honnête » hurlent
ses yeux étoilés
« Arrête de charrier »
Il repart l’envoûter, d’un clin d’œil se retourne
Le bracelet s’amuse d’ainsi le voir courir
« Trombe & trompe qui tu veux, mais ne crois pas ne pas te prendre au jeu »
Il ouvre les yeux
Réinvestit la gazelle & prononce ces mots :
« Je voudrais être ta main, laisse-moi t’inviter »
Elle
ne répond rien
Cette nuit-là plus rien ne compte vraiment
Juste la certitude que la gazelle a gagné
Conviction profonde à jamais incrustée
Il veut…
Il veut…
Il veut…
Cette nuit surtout, plus que jamais
Cette nuit surtout, plus acharné
Cette nuit surtout…

La danse du serpent est un art compliqué, & qu’il faut maîtriser
& le mix continue…
Le mix continue…
Obsession lente d’une fascination annoncée…

Showgirl

Frotte-toi doucement & enlève-toi prestement
Effleure mes cheveux, éloigne-toi & fais un vœu
Regarde ce visage & embrasse-le tendrement
Veux-tu venir vers moi & découvrir un nouveau jeu ?

&, à présent...

Cabre-toi, là !
& oublie tout
Oui, comme ça
Mélange-nous
Où diable as-tu pêché ce corps
& ces yeux ?
En moi, le démon dort encore
Trouble-le !

Embrasse une autre femme
Oui, absorbe ses lèvres
Allume en moi la flamme
& donne-moi la fièvre
Met donc ces jambes autour de mes hanches
Fais moi danser, qu’en toi je m’épanche

Fais l’amour à un autre
Sous mes yeux, ici même
Deviens ainsi l’apôtre
De l'expérience même
Offre ce clitoris à ma bouche
Que tes cris torrides me touchent

VIENS & sens mon parfum, enivre-toi de mon odeur
Éventuellement prend un couteau, tranche mes veines
Bois ce qui coulera, & dont le rouge est la couleur
Ou laisse-moi donc me rassasier & contemple la scène

&, si tu veux...

Enlace-moi
& fais-moi peur
Mord, griffe-moi
Douce douleur
Que notre union soit un spectacle
Un typhon
Nos corps, des dieux seront l’oracle
L’abandon

Je veux te voir bouger
En un lent strip-tease
Je veux te voir comblée
Par mon entremise
Je veux que tu rêves de moi jour & nuit dans ton ennui
Je veux noyer ton ennui dans les rêves de nos nuits

Offre-moi chaque courbe
De cette chair extatique
Que ce buste se cambre
D’une manière épique
Prend moi dans tes glissantes entrailles
Jusqu’à ce que nos forces s’en aillent

La Québécoise

C’était il y a deux mois, je couchais avec une Québécoise.

Je l’avais trouvée par hasard, au détour d’une bouteille de whisky.

Mes mains s’étaient perdues un temps sur une troisième cuisse : ça avait foutu une méchante zone ! Mais j’étais parvenu à un tel point de désillusion que j’avais persisté & signé son clitoris, d’un « s » comme Shaomi !

Le créateur en personne attesta l’empreinte de mon sperme sur ses seins.

Elle ressemblait à Madonna, avec les cheveux mouillés.
Je ressemblais à rien, lorsqu’elle disparaissait.
Je l’aimais juste à ma manière, libre.
Elle gémissait de contentement entre mes morsures, & repartait prestement s’occuper d’enfants handicapés, en susurrant pourtant « qu’est-ce que j’aime faire… »

Moi aussi, j’aimais faire…

Peu après, mon handicap empira de frayeur lorsqu’elle coucha avec un de ces enfants handicapés qui souffrait du même handicap que moi bien que lui, elle l’épousa pour de la paperasse & un peu d’orgasme.
Nous étions tous alors des enfants handicapés en quête d’une sauveuse qu’elle n’était point.

Finalement, elle s’en alla.

& la même semaine, tout arriva.

Ma couche se partagea en deux puis trois puis quatre & jusqu’à cinq ce qui amusa beaucoup ma petite fleur & scandalisa les islamistes, qui détruisirent le World Trade Center en représailles.

Que je touche cinq femmes & deux tours s’écroulent !

Vous figurez-vous l’effroi ?

Les deux tours furent prétexte à me plonger dans l’écran mais la vraie raison était qu’il y poussait plus de fleurs que dans ma vie.

Exit & silence pendant que les mêmes plus d’autres reprennent en main l’antre de nos anciens délices, délices qui ne sont déjà plus qu’une ombre & pourtant comment vivrait-on sans le souvenir de quelques combustions spontanées & des murs sucrés de ma Québécoise…

Doux murs sucrés…

Rien ici...

Rien ici
Rien là-bas
Rien même dans la rancœur de tes bras angoras

Riens du tout
Riens tabous
Alors que l’imprononçable s’immisce entre moi

Riens décalés
Rien de calé
Quand glissent les plaques d’une fade psyché

Rien musical
Rien astro-anal
Est-il pensable de croire pour ouvrir ce bal ?

Rien…
Rien ici
Entre mille orgasmes flétris, éparpillés dans ces contrées
Je gratte le sol, épure les racines de ce néant
Là où le sens n’est plus qu’une ombre
Là où la transe n’est plus
Qu’un
Doux
Mensongéparpillécroyancinterpelléemaisquicroyezvous
TROM-PER
?

Rien ici
Rien à croquer, à mordiller
Aucune envie de régner

Rien matin
Le soir boire
Est-il nécessaire de se vouloir espoir ?

Rien dans tout
Promesses floues
Mes mots se moquent, le croyez-vous ?

Rien de méchant
Un bluff amant
Ton homme, ta femme, ont pour moi plus de goût si tu les veux à toi rien qu’à toi pauvre cerveau je t’ai sucé jusqu’à… l’eau

Rien…
Rien ici ni ailleurs d’ailleurs
& pourtant le vent tape à ton épaule : il te demande un non & tu lui donnes un nom
Est-ce si compliqué
Pour une âme étriquée
D’être un peu conciliante & de refuser TOUT
D’un bloc ?
Car à sept on s’entête
& mon neuf te bluffe
Osez imaginer l’effet d’un soixante-neuf
!!!

Rien ici
Loin de moi toute idée de révolte
L’œil retranché se dissout dans l’azote

Rien, non rien !
Que dit-il le poète, a-t-il bien toute sa tête ?
Où vous mènerait-il ?

Rien subtil
Rien… nécrophile
Ma langue a glissé bien trop haut sur la cuisse de ce cadavre

Rien certain
Incertain
Mentir est un poème, un leurre trop bien dosé

Mais juste une impulsion
C’est déjà s’arrêter
& crever un abcès
C’est déjà la passion
Luciolucid&sidocile
Espaçavidest-ceparcequevide ?
Je suis fatigué
De vous gaber
Cher Ysengrin, venez donc plutôt boire un thé
Au pied
!

Les fous

Bienvenue dans la jungle !
Béton & bakélite, prison interdite !

Je marchais dans la rue ce jour-là
Assommé ! Etouffé !
Possédé par les radiations de l’été
Pollution, absolution
Qui se souciait de mes poumons enfumés ?
Je marchais dans la rue ce jour-là
Sans surtout rien demander
A personne ! Car en ces temps les passants m’en volaient trop
Adossé contre un mur, un homme au regard vide
M’interpella, murmurant dans sa torpeur
Des mots de haine ! Des mots de chair !
« Oh… les chattes. Donnez-moi une chatte »
Je n’étais pas très sûr d’avoir capté
Ce message d’insanité
Je voulais juste m’échapper
J’errais sur le bitume ce jour-là
J’avais trop de dettes à payer
Trop de soucis pour mon cerveau mutilé
Quand cette femme, haïssable
Que je n’avais jamais encore croisé
A regardé droit dans mon âme
Regard inquisiteur, accusateur
Elle dit que j’étais un salaud, j’avais volé sa vie
Alors je me suis enfui

Pourquoi ces gens venaient-ils me parler ?
Pourquoi ces gens voulaient-ils m’aborder ?
C’est alors, que j’ai compris…

Les fous…
Ils sont là !
Jamais ne partent, jamais ne me ratent
Jaloux de mon bonheur apparent
Désireux de m’imbiber de leurs relents
Je n’ai pourtant pas de sixième sens
Mais la vie de ces morts-là est intense
Méfiez-vous des fous urbains
Qui avec vous veulent ne faire qu’un
ILS SONT LA ! OÙ SOMMES-NOUS ?

J’étais captif, je suffoquais en ce mois d’août désert
La ville avait fermé ses portes
Plus d’échappatoire possible, & les fous m’avaient pris pour cible
Dès qu’il y en avait un à portée de main
Il fallait qu’entre tous
Il me choisisse pour partager ses secousses
Isolation sismique d’une névrose extatique
Même dans les magasins, me prenaient à témoin
(Bref, j’étais dans la MERDE !)
Ce vieillard fatigué, à demi trépassé
Alors que j’étais juste exténué, en quête de notes pour ma mélodie
S’est empressé de me confier ses secrets
Il venait de Neptune, il comptait faire fortune…
Je n’ai rien répondu, j’ai juste couru loin

Pourquoi ces gens venaient-ils me gonfler ?
Pourquoi ces gens voulaient-ils m’absorber ?
C’est alors que j’ai compris…

Les fous…
Ils sont là !
Jamais ne partent, jamais ne me ratent
Jaloux de ma fragile existence
Désireux de communier leurs psychoses ecchymoses
Je n’ai pourtant rien demandé
Mais la faim de ces gens-là est intense
Méfiez-vous des fous urbains
Qui avec vous veulent ne faire qu’un
ILS SONT LA ! OÙ SOMMES-NOUS ?

Jusqu’à cette nuit d’automne, où le froid s’abattit
Plus de canicule, juste le crépuscule
Nuages noirs accumulés au-dessus de la fourmilière
Je m’en souviens encore comme si c’était hier
D’ailleurs c’était hier…
Ou peut-être demain… quelle importance, enfin ?
Toujours est-il, sur la presqu’île
Qu’un autre malade s’approcha
Encore & encore, qu’avait donc mon corps ?
Il me transperça d’une pupille lubrique
Je sentais sa main glacée se refermer sur mes pensées humides
Il lança une injure, un mot d’amour
Lequel fut de trop ? Etais-je las des mots ?
Je l’attrapais par le col, & le jetais au sol
M’acharnais sur sa face, proférant mille menaces
« Quoi ? Quoi ? Quoi ? Saloperie ! Va en enfer ! »
& je l’y envoyais d’un ultime coup de pied
Ma raison bifurqua lorsque sa tempe claqua
& au milieu d’une mare de sang, gisait cette forme tuméfiée
Pour tous les autres il avait du payer

Pourquoi ne bougeait-il plus ?
Pourquoi ne me narguait-il plus ?
C’est alors que j’ai compris…

Les fous…
Ils sont là !
Jamais ne partent, jamais ne me ratent
Ils voulaient faire de moi l’un des leurs
Faire craquer ma carcasse désolée
Je n’avais rien demandé
Mais il était trop tard
Alors méfiez-vous de moi
Je suis contaminé, avec eux ne fais qu’un
NOUS SOMMES LA ! OÙ ÊTES-VOUS ?

Nous sommes là…

Où êtes-vous ?

Lexomil

C’est toujours le même bin’s. La nuit va tellement vite que je la rate. Peu importe mes efforts, mes heures d'entraînement pour parvenir à la rattraper, je n'y parviens jamais.
J’ai consulté mon horoscope ce matin, & voici ce que j’y ai lu : « Tu es malade, Cirédérf ! Il faut te soigner, mais tout seul tu n'y arriveras pas. Tu as besoin d'aide, contacte vite un psychiatre, lui saura quoi faire. Il faut te reposer. Si tu veux, je peux t'avoir du Lexomil à volonté. Non, non, ce n’est pas de la drogue, c'est un tran-qui-li-sant, rien à voir. Il faut que tu dormes bien, & surtout ne bois pas. »
J’ai ressenti comme un malaise sur le coup, & puis à présent j’ai des doutes. Aurait-il raison, cet horoscope ? Bon, d'accord, il m'a appelé par le nom de quelqu'un d'autre, mais s'il avait raison ? C’est vrai que j’ai peu dormi ces derniers temps. & si ça se trouve, ça MARCHE ces tran-qui-li-sants. & puis, si ce Lexomil ne suffit pas, je pourrais boire en même temps. Comme ça je m'assurerai d'un très, très long sommeil.
D'ailleurs, je m'inquiète pour ma santé. Je me suis regardé dans le miroir ce matin, & j’y ai vu quelqu'un d'autre. Un type mal rasé avec une sale gueule. Comme je ne savais pas qui c’était, j’ai préféré me détourner du miroir & penser aux blagues que me faisait ma mère pour me rassurer lorsque j'étais enfant. Ça a marché et je me suis tout de suite senti mieux, alors j’ai pleuré.
Au fond, je me demande ce qui m'amusait le plus. Etait-ce lorsqu’elle faisait semblant de m'étrangler pour me détendre, ou lorsqu'elle me proposait de coucher avec moi pour m'épanouir ? Tout ça pour rire, elle me le disait encore l'autre jour. Ma mère est quelqu'un qui a beaucoup d'humour, j’ai cette chance.
En attendant, le médecin m'a accordé un arrêt de travail de trois jours pour pétage de plombs. Avec un peu d'insistance, je pense pouvoir en obtenir un de soixante ans pour crises d'hystérie. & si je m'y prend bien, je finirai rentier, logé blanchi par l'état. Nourri au prytanée, comme l'aurait voulu Socrate. On m'a parlé d'une superbe résidence, avec un grand parc. Il parait que les murs sont même rembourrés pour que le bruit des voisins ne vous gène pas. & puis ils ont plein de tran-qui-li-sants, là-bas.
Ça s'appelle le Vina... Vinatier, je crois. Je vais essayer d'y entrer, ça a l'air très bien. On a même le droit d'écrire au procureur de la république, le timbre et l'enveloppe sont fournis.
Je suis si fatigué, à présent.

Eau

« Il n’est pas encore trop tard », me dit l’ange bleu de sa voix la plus douce.
« Trop tard pour quoi ? », demandais-je de mon écriture la plus belle.
« As-tu déjà oublié ? Le temps a t-il donc tant marqué ton âme ? »
En entendant ces mots, je plongeais dans le miroir de l’âme pour savoir. & la mémoire me revint.
« Tu veux dire… pour redevenir comme toi ? »
Je me souvins alors de mes premières années en ce monde, de ce temps lointain où l’enfant rêvait de devenir adulte, & tout prit à nouveau son sens dans mon esprit. Il me parut clair que la raison s’était égarée en chemin. Moi qui enfant m’étais tant battu pour grandir, comment avais-je pu croire que je pourrais quitter la vie sans me battre jusqu’au bout ? Quel égarement avait pu être le mien pour penser que je pourrais être ange entre les vies sans l’être devenu ici-bas ?
Debout au sommet de la montagne, je contemplais le tracé de mon existence qui s’écoulait tout en bas, tel le cours hasardeux d’une rivière. Je sentais le sang couler dans mes veines, & sus que plus jamais il ne devait en sortir. L’ange murmurait à mes oreilles, sa voix apaisante portée par le vent.
« Souviens-toi… souviens-toi de ces jours où toi & moi étions liés par la même foi & le même espoir. As-tu imaginé que nos destins étaient dissociables, que le poids de tes erreurs ne pèserait pas sur mes épaules tout comme le poids des miennes a pu peser sur les tiennes ? Nos deux quêtes ne font qu’une, & nous ne pouvons nous détourner d’elles. Ni toi. Ni moi. »
« Mais ta voie est guidée par la voix de l’Univers »
, protestais-je timidement.
« Tout comme l’est la tienne. Comme d’autres plus hauts que moi m’indiquent parfois le chemin, je te l’indique, pour qu’à ton tour tu indiques le leur à d’autres, qui eux-mêmes… As-tu donc tout oublié ? »
« Je le crains. »
Il me parut alors évident que la souffrance m’avait corrompu. Pas au sens catholique du terme : au sens humain, simplement. Nulle autre religion n’avait jamais été la mienne que celles que je m’étais faites. Mais le nihilisme latent dans lequel je m’enfonçais chaque jour davantage me perdait, tout comme les paradis artificiels que je visitais jadis étaient depuis longtemps devenus un enfer quotidien.
« Il est temps que je vole de nouveau », pensais-je.
« Ce ne sera pas facile », pensa l’ange.
« Rien l’a-t-il jamais été pour nous ? »
& je plongeais dans le vide.
Je perçais les flots sans douleur, & me laissais volontairement couler. Cette fois-ci plus que jamais, je devais aller au fond de moi-même, voir ce que j’y trouverais. Quel que soit le prix.
L’ange bleu était là, sur le sable, il m’attendait.
« Cela fait des mois que je prie pour te voir ici. »
« Cela fait des mois que je prie pour me voir ici »
, confessais-je.
« Bien… nous y voilà. »
« Comme autrefois. »
« Comme autrefois. »
Cela faisait si longtemps que je n’avais pas vu cet endroit. La croisée des chemins. Pourtant, ses dégradés de bleu n’avaient pas changé. Lieu immuable de l’éternel changement. Alors je compris le sens de la vieille vision : les vagues & le mur, moi au milieu. Je pensais que sur terre il devait être tard, mais je ne pouvais m'arrêter là. Mon nom m’appartenait à nouveau. À moi & à nul autre : il était temps de regarder mon parcours en face, d’en entrevoir à nouveau la direction.
Ma première pensée, sans doute la plus lucide depuis longtemps, fut que j’étais loin du bout.
« Il est temps que tu le comprennes… de nouveau », dit l’ange.
Plus que temps, en effet. Probablement l’oublierai-je encore un milliard de fois, mais présentement je devais le garder à l’esprit.
« Vois, à présent que tu es papillon, la chenille que tu fus jadis. »
« J’ai peur »
, dis-je.
« Comme chacun a peur de son ombre », répondit-il d’un ton ferme & rassurant.
Sang, sueur & larmes. L'infâme trinité pénétra tout mon être comme elle l’avait fait jadis. Étonnamment, la peur s’évanouit immédiatement. J’avais regardé le tourment en face, l’avais laissé entrer en moi, & la douleur s’était évanouie contre toute attente.
« C’est parti ? »
« Non, ce n’est pas parti. C’est en toi, cela a toujours été en toi. Tu le sais, à présent, c’est tout. »
Une onde de souffrance me traversa soudain, allant & venant, tranchante, & je compris ce que l’ange me signifiait.
« Depuis l’enfance... »
« Oui. Souviens-toi toujours du sang, de la sueur & des larmes, de leur œuvre néfaste. Mais au lieu de les laisser te travailler ainsi, travaille sur eux. Jusqu’au bout. »
Une foule m’apparut alors au loin, traînant dans son sillage tous ceux qui m’avaient blessé d’une manière ou d’une autre. Leurs visages à demi effacés par le temps portaient une infinie tristesse. L’ange me prit dans ses bras.
« Ces gens portent le poids de l’égarement, & si le fait de te faire porter ce poids a pu les soulager l’espace d’un instant, elles seules devront tôt ou tard apprendre à le porter. De même, toi seul peux te débarrasser des poids qu’elles t’ont légués. Le veux-tu ? »
Toute réponse était inutile.
« Alors raconte ton histoire, mais pèses-en bien le poids, loin de la façon inconsidérée que nous crûmes tous deux être la bonne. Souviens-toi de la souffrance à chaque mot que tu écriras ou prononceras à ce sujet. À ce prix seulement elle se fera oublier ! »
« Tu apprends également de moi, n’est-ce pas ? »
, demandais-je.
« Sans cela notre union serait vaine. De notre lien nous apprenons chaque jour toi & moi, comme il en est de chacun des liens qui unissent deux êtres. »
Jamais je n’avais à ce point entrevu la valeur réciproque de notre relation. Mais déjà l’ange m'entraînait vers d’autres souvenirs, plus plaisants mais non moins importants.
Je vis tous ceux que j’avais chéris au long de cette vie. Certains étaient également membres du sombre cortège qui avait précédé. D’autres, sans rien me demander en retour, parfois même par surprise, m’avaient nourri.
« Que dois-je faire ? »
« Voir… & croire. Voir ces êtres auxquels tu tiens, croire en leur affection pour toi. »
Moi qui si souvent avais craint de m’être tant refermé sur moi-même. Certain de ne plus rien éprouver, j’avais aboli tout lien. Ces êtres m’avaient guidé vers ma légende & si je m’en étais un temps détourné, tout en moi m’appelait à les retrouver. N’étais-je pas moi-même important pour d’autres âmes ? N’étais-je pas -simplement- moi-même une âme ? N’avais-je pas souvent prié de pouvoir donner à qui m’avait donné ? Quel fou avais-je été de me détourner de ces gens, lorsque ce qui nous unissait était si précieux ?
L’ange me regarda d’un œil encourageant : son intention était claire. Il me restait un dernier tableau à contempler. Le plus pénible de tous. Le seul que je me sentais incapable d’affronter.
« Regarde-la. »
« Non… »
De quoi avais-je ainsi peur ? Pourquoi tant de réticence à la regarder, elle qui m’avait fait ? Probablement parce que les blessures qu’elle m’avait infligées avaient moins que toutes su cicatriser. Probablement parce que face à elle, ce malgré la force dont je me targuais, j’ignorais encore quelle attitude adopter.
« Ne te préoccupe pas de l’attitude, prend ton temps & regarde-là simplement. Pas plus que les autres elle ne peut te voir ni te juger. »
Ainsi donc j’étais bien seul avec l’ange, & sa lumière me protégeait de tout jugement, le mien comme celui des autres.
« Bien. Ainsi soit-il. »
& je la regardais.
Je la regardais.
Encore… & encore.
Ce que je vis m’atterra.
Ainsi était-elle là, elle en qui j’avais tant cru. Elle qui avait presque réussi à reprendre tout ce qu’elle m’avait donné, jusqu’à ma vie, puis m’avait laissé m’enfuir, mort & épuisé, trahi.
Maman.
La vision m’éclaira tout en me glaçant. Car je vis toute la peur qu’elle portait en elle, tous les grains de sables qui s’étaient ancrés dans son rouage, tout le malheur qui la hantait.
Je voyais. Je voyais la perdition. Je voyais l’ennui & la crainte. La désillusion. La petite fille bienveillante qu’elle avait été hurlait au fond de son crâne, appelant au secours qui voudrait bien l’entendre. Mais personne ne pouvait plus l’entendre derrière le vacarme de sa colère.
Je supposais qu’elle m’appellerait tôt ou tard à l’aide, ou du moins qu’elle y penserait. & j’étais incapable de deviner si j’aurais la force de changer ma rancœur en compassion. Mais je savais que je préférais être moi qu’elle. Que des injustices qu’elle avait commises, elle paierait -& payait déjà- bien plus le prix que moi. J’avais donc eu raison de croire le vieux sage, lorsqu’il m’avait démontré que mieux valait être victime d’une injustice que de la commettre. J’avais parfois rêvé de vengeance. Elle m’avait elle-même vengé en me blessant. Détournant le regard, je souhaitais ne plus trop souvent croiser sa route, de peur de ne plus savoir lui tendre la main comme je la lui avais trop souvent tendue. Puisse-t-elle un jour trouver la paix. J’avais encore une longue route à parcourir.
Je pris quelques instants pour recentrer mes pensées, observant le sable à mes pieds, puis la croisée des chemins, toujours fidèle à elle-même. L’ange ne m’interrompit pas.
Puis je posais la question :
« Où dois-je aller à présent ? »
« Où veux-tu aller ? »
« Puis-je choisir ? »
, m’étonnais-je.
« Toujours. Toujours tu as choisi, toujours tu choisiras. Veux-tu continuer à observer ton parcours ? »
« Je devrais. Mais cela est un long travail. En ai-je le temps ? »
« Le temps… n’est pas comme tu l’entends. Mais cela, tu le comprendras de toi-même à la prochaine révolution. »
« Alors, allons… »
Nous nous retrouvâmes en haut de la montagne, la rivière coulait toujours en bas. Me revint alors une idée, qui me hantait depuis un certain rêve américain.
« Pourquoi les poissons ne pensent-ils pas ? »
L’ange parut amusé.
« Parce qu'ils savent tout. Tu le sais bien. »
« Quoi, tout ? »
, protestais-je.
« Tout ce qu’ils ont à savoir pour vivre comme il leur convient. Toi tu ne sais rien, ni moi d’ailleurs. Nous ignorons où est notre bonheur, quelle est pour nous la bonne direction. C’est pourquoi nous nous égarons. C’est pourquoi nous devons apprendre. »
« Apprendre quoi ? Tu réponds sans répondre. »
« Parce qu’il y a des réponses que je n’ai pas. Les choses sont ainsi. Nous apprenons, nous nous égarons. Cela peut être long, des milliers de vies, qui sait ? Mais tôt ou tard nous arrivons à destination. J’ignore encore pourquoi, mais je sais ce qui est. »
J’étais perplexe. Je savais quelle direction prendre, mais pas comment.
« Observe, & tu en auras l’intuition ».
Ainsi restais-je, des heures, des jours peut-être, à observer ma vie. Mon passé, indélébile mais visible de tant de points de vue différents, & tous les futurs possibles. Face aux conséquences de chacun de mes actes passés, je savais combien il comptait de réfléchir à la valeur de chacun de ceux que j’accomplirai par la suite.
Savoir ce qui vaut la peine d’être vécu.
L’ange revint finalement.
« Ne t’inquiète pas du passé. Celui-là tu le dompteras comme tu en as dompté bien d’autres. Songe au présent, aux meilleurs moyens de progresser sans cesse. »
Je perçus alors que mon corps allait bientôt me rappeler à lui.
« En ais-je fini pour cette nuit ? »
« Tu devras revenir souvent, ne plus t’éloigner de ce lieu chaque fois que tu recouvreras ta liberté d’esprit. »
« Chaque nuit ? »
« Chaque fois que tu le pourras. En éveil même, parfois. Je te suivrai pas à pas dans ta chair, & attendrai ton âme ici. Car tu devras plonger encore et encore. Tu n’imagines pas tout ce qui t’attend… »
Sachant que j’allais bientôt m’éveiller, & oublier tout cela pour quelques heures, je regardais l’ange bleu avec amour.
« Toi & moi ? »
« & l’Univers… »
« Bien. Je serai là. »
« Je t’attendrai. »
Le réveil sonna.

Un ange passe

Tard dans la nuit, seul face à moi, je & moi-même
Peu convaincu par cette pénible scène
Juste la lune, & les longs couloirs de l’angoisse
Tourner en rond, voir le temps qui s’efface
Penser à l’une, à l’autre, aux autres & à l’effort
De concevoir un esprit assez fort
Une idée pure, un peu plus belle de la chair
Camouflée derrière ce masque de fer
À l’abondance, la danse des souvenirs froids
De ces nuits chaudes s’insinue en moi
Dans le miroir, deux yeux verts brillent & me rappellent
Les deux visages arborés par ma belle

Relever un autre défi
Condamner un autre pari
Sans cesse un ange passe & me rend silencieux
Déception séduisante qui me rend furieux
Lassante ambition mensongère
Que cette fuite de la mer
Peut-être devrais-je renoncer
Si le printemps voulait s’y prêter

Soirées d’été, soirées d’intense & de désirs
Tâchant ici de fonder un empire
Tant de visages, vite embrassés, vite oubliés
& ces corps blancs, décevants, accueillants
Sans une quête, à quoi se mesure la vie ?
L'enquête dira quelle est mon envie
Penser à l’une, être déjà dans la suivante
Le temps d’une aversion trop captivante
À les entendre, il s’agirait du septième ciel
Alors qu’il s’agit juste d’un bon miel
Mieux vaut mentir, & être un menteur sublimé
Qu’avouer si cruelle vérité

S’embourber dans un jeu d'ego
& ne plus jouer aux legos
Sans cesse un ange passe & me rend ambitieux
Vision hallucinante & instant litigieux
Lassante pulsion d'espérance
D’un autre voyage à Florence
Peut-être voudrais-je renoncer
Si l’émotion voulait s’y prêter

Tout ça pour ça, voudrait me dicter la raison
« VIENS avec moi » me dictent leurs saisons
J’entends la voix, & je m’incline pour connaître
Cet amour qui, peut-être, m’a fait naître
« Aime-moi vite, montre-moi tes secrets d’état »
Les secrets d’état d’âme ne comptent pas
Dans ce flot-là, qu’importe de vouloir mourir
Mieux vaut rester une statue de cire
Juste rentrer, se persuader de l’aimer
Faire le boulot, surtout ne pas crier
Peut-être un jour, je verrai la fin des tunnels
Il faudra bien que je me lasse d’elles

S’amouracher d’une hirondelle
& souvent se brûler les ailes
Sans cesse un ange passe & me ment par ses formes
Des fois qu’elle serait elle, je me déguise en homme
Bandante est la métamorphose
Trop souvent lassante est la chose
Peut-être oserais-je renoncer
Si l’âme sœur voulait s’y prêter

Oh ! mon ange, délivre-moi de ces folles…

Aura 2 moi

Aura 2 moi…
Aura 2 moi…
Choix pas à pas…
Aura 2 moi…
Choix ou pas ?

Comment mon premier songe du matin peut-il n’être qu’un rêve
Quand ma plume asséchée ne peut décrire l’illusion ?
Fusion, fantasmes & mercure liquide
Seul en errance, mon instinct connaît ton nom
Devant l’appréciation d’une armée d’homonymes
Je recherche en voyage ton synonyme

Autour de nous l’arène a beau s’écouler
Je me moque d’un destin noir sans incidence
Un pas en arrière, tourbillon dispersé en avant
Sans un sourire & sans un son le fluide de mes yeux s’envole
Ces pommes ont plus de vers que je ne sais compter
Tant de vers que je vomis, avant de te retrouver

Juste un petit cri tout au fond de ce doux nid
Une petite impression par l’intermédiaire de nos deux nids

Aura 2 moi, à l’extase hivernale prolongée
Aura, dis-moi, consens-tu à m’initier ?
Toujours, sans son, délie la corde qui m’attire
Aura 2 moi, vers le reflet de tes sous-rires

Sans arrêt bouleversé l’état de l’orage empire
La pluie d’une soirée me fait m’évaporer tout haut
Alors que certains préfèrent brûler leurs intérêts en dents de lions
Oh, dis-moi mon associée, quel diable a vu le jour en moi ?

Aura de moi raison la pénurie
Aura, dis « moi », couvre-moi de ton duvet
Toujours l’apôtre voit-il mieux que l’enfant les mirages
Aura 2 moi, vois-tu mieux que moi les étages ?

Agenouillés au fond de ces couloirs internes
Prostrés, nous devrions qui sait prier
Ô, viens à moi mon ange bleu, montre-nous ce qu’il faut esquisser
Ô, guide du temps, donne-moi les bons flots à déverser
Les bons flows à exhiber

Les passants si promptement me volent mon temps
J’ai froid… j’ai peur de la lumière dans le noir

Peux-tu me prouver le plan de l’absurdité
Qui s’insurge contre l’espoir de s’évaporer comme un suaire ?
Si en une église je ne peux te supplier
Peut-être mon regard peut-il te rejoindre à l’aube
Au nom de l’instant, je ne peux penser qu’à ta dernière représentation
À tes yeux pétillants de conviction…

À tes propos incertains…
Ton âme criée dans ce cou fier & fin…
Dis-moi, dis-moi, dis-moi…
Est-ce toi ?
Virginité spirituelle essentielle à l’échange ?
Symbiose d’idées & de singularisations néologistes
Ta spontanéité est-elle à boire ou à embaumer ?
Est-ce toi ?
Un peu de toi ?
Où juste un miroir placé devant ma réflexion sur toi ?

Aura 2 moi, fantôme
Oserais-je t’approcher ?
Aura 2 moi, sois toi
Ou voudrais-tu me tromper ?

Aura 2 moi...
(ré)volution

Fait d'hiver

Au centre du doute
Sans l’ombre d’une ombre
En grattant la croûte
Shy est lâche & sombre
Cette silhouette-là intrigue & dissipe une excuse funèbre
Touchante panoplie

Ecartée d’abord
Dissidente alors
La question l’effleure
Trop muette humeur
Tôt ou tard, il faudra bien se décider
Luire ou biaiser ?

Qui es-tu, toi ?
& bien, dis-le !
Aura 2 moi ?
Prêtresse ou pas
C’est un étrange pressentiment… peut-être bien la prophétie
Comment deviner ?

Toujours est-il
Que « nous » est une île
Citoyen lambda
Fuis-nous, cache-toi !
Car l’esthétique est une arme tranchante
Elle te retournerait

& quant à toi…
Oui… quant à toi…

Dansl’effluveéprouvélemercuresefusionne&lesmainsglissent&cares-senteffleurentlafleurdecetteâmetroubléequis’offreàmois’offreàel-lemêmeohmonDieuc’enesttropquandparamourdessenscettelangue-s’acharnepasse&repasse&t’enlaceàjamaisdévouéeseult’entendre-hurlerdonneunsensàlavieohouidecettemontéelàonneredescendpas !

C’est un jeu qui commence
Mais qui en est la proie ?
C’est mon vœu qui t’encense
D’une extatique voix
Car fixant ton regard, à jamais je t’égare
& ça… c’est un fait !

Songe free

C’est juste un songe
Un songe free
Des hommes montagnes soulèvent des alibis
Etranges pouvoirs loin du devoir
Une idée simple de l’abnégation
De la provocation, aussi…

C’est juste un reflet
Un miroir pourpre
Enchaîné à une image par trop obscure
Dévoré par un pourpoint de glace
Stupides questions superposées
Grand besoin de se délivrer

C’est juste un homme chauve aux yeux bleus
Encore un méfiant, discours trépident
On peut s’acharner
On peut faire & refaire
Encore un essai, tant pis pour le sens
C’est peut-être mauvais, mais ça protège de tout échec

C’est juste trop loin
Inaccessible mythe
Il est trop tôt pour en parler
Au fond ce détail est trompeur
Puisque à l’aube on est seul
Autant se retenir de trop en dire

C’est juste un besoin
Vilain, mais si sain
Marcher plus vite, dictent les iris
C’est pourquoi j’écoute plutôt les arbres
Je me noie dans leur sève
Ma vie sera trop brève
(& pourtant, je persiste à danser)

C’est juste un songe free
La tentation d’autres paroles (encore & encore)
Plonger dans les têtes, émerger moins bête
Qui ne tentera ne saura
A la fois, loin de moi
Ma silhouette poursuit déjà une autre chimère

Prière

Froid, cœur qui bat, chaud, trop trop trop WOW !
Rien bu rien fumé rien avalé - plus ivre que jamais
Déstructuré bizarre étonné comblé
Ange bleu ange blanc besoin de tout partager besoin d’intimité enlacer parler livrer donner tout dire & tout montrer louer frappé par la foudre au paradis toute la journée extasié perdu trouvé
Comment une révélation peut-elle être si
WOW !
Ne rien pouvoir dire tant il y a à dire, plonger dans les yeux épouser le sens, comprendre, apprendre & goûter les mots, les idées, par amour de l’art faire encore un effort pour donner une forme à l’immatériel, totalement noyé subjugué fasciné emporté par le courant, je sais, je sais, JE SAIS !
Se disséquer pour revenir à l’essentiel, essentiel trouvé, perdu, retrouvé, reperdu, retrouvé
Aujourd’hui est le plus beau cadeau qui soit !
Gravi un étage, en paix & sauvage, prêt à tout pour écouter le murmure des nuages
Remodeler les énergies
Caresser l’aura
Les formes se dessinent d’elles-mêmes
Flot affluant, pléonasme sacré
Comme si fondre évidence & substance devenait nécessité
& sur ta lumière externe s’étend la subtile pression des doigts
Tu sens chaque mouvement
Se diluer dans le suivant
Appeler ton esprit à jaillir hors de toi
& faire de la vérité la matière
Matière première de l’être - toi & moi & les Cieux ensemble
La vague approche & déjà me touchent les premières gouttes
L’appel, celui qui me retournera m’emportera, mais nul ne sait où
- c’est là tout l’intérêt -
Happée dans un écran de neige
Ma mémoire vient me héler, m’enrobe & me rend plus abstrait
Plus PROCHE
Est-ce au moment qui précède la vérité que la peur est la plus forte ?
La peur, comme dans « extase »
La peur, comme dans « intention »
La peur, comme dans « phényle-éthylamine »
Quand nous pleurons de joie
Quand nous rions de peine
Que les torrents de dents de lions qui s’abattent sur nous ne nous transpercent plus, tout au plus nous picotent & s’enfoncent dans le sol
Je n’y suis plus très sensible
Irrité tout au plus, mais cela compte t’il vraiment à l’heure où plus rien ne compte…
Que l’éternité
De mon regard sur les regards
Aimant à émotions
Prière au mercure liquide qui fait de la foi une notion floue & pourtant plus cruciale que jamais
Ange bleu, J’ai rencontré ton ange blanc
Si je ne te connaissais si bien, je ne saurais quel ton choisir
Mais je te sais un habile danseur
& je connais trop ce son-là
Pour me méfier, ou m’égarer
Car à la croisée des chemins
Je ne peux que me trouver
Avant je suis statique
Pourquoi suis-je à ce point statique ?
Une chose est flagrante
Je dois LAVER… quelque chose
Au milieu de cette pluie d’étoiles perpétuelle, garder assez de lucidité
De recul
Pour voir

Je saute
En attendant, lutter contre l’inertie, cet étrange poids qui pèse sur mon corps
& sur moi-même entier peut-être
Concilier le moi & le même
Canaliser pour mieux créer & surtout ne pas oublier
Que ce qui donne un sens à la vie ne saurait devenir la vie
Juste l’irriguer
La nourrir & lui fournir des perspectives plus riches
En moi est la clé
C’est d’une évidence poignante
Plus je retourne ma peau
Plus je dérive
Bonheur…
Je dérive
Ne surtout pas gangrener le WOW ! par le WOW !
Trouver la balance, le point d’équilibre
Entre le souci d’immédiat & ce besoin incompressible de concret
Dans l’acte, donc
Celui qui a pour but de faire vivre
Pas seulement l’éphémère, mais le temps lui-même
Ce temps qui me nargue en dissociant la vitesse du présent
De celle du passé
Ecrire est un rite nécessaire
Car trouver les bons mots, c’est trouver le pourquoi, le comment, & le quoi même parfois
Léthargie, que me veux-tu ?
Que puis-je trouver en toi pour m’accrocher ?
Non me figer, mais plutôt ne pas juste flotter
Choisir mes directions
Mon habit de ville & mon habit de lune
Dur d’être sûr quand tout me précipite vers un orage électrique
& silencieux
Où chacun va vouloir se nourrir des autres & peut-être même offrir
Courir ou rester
& opter pour le sourire qui va le faire flotter
Ce schéma-là ne me convient guère
Trop prévisible
Pour peu que les cœurs ne s’emportent
Que les ego s’emmêlent & ne débordent trop
Car toutes les intentions
Ne sont pas nobles
& toutes les courses
Ne valent pas la peine d’être gagnées
L’ennui c’est qu’on ne sait jamais
S’arrêter à temps
Oublier son ressenti & voir l’arc-en-ciel des autres
Il faut dire que c’est dur
Cela oblige
Cela oblige à regarder son propre spectre dans les yeux
A y voir ce qui effraie
Au besoin, le dominer
Ma prière, elle, ne demande rien
Car l’Univers -déjà- m’a tout donné
Tout distribué
Chaque pion à sa place
& moi au milieu, perdu dans la lucidité
Il n’y a plus qu’à remercier
Louer l’Univers de m’avoir enlacé
Il n’y a plus qu’à discerner
& se poser
Les bonnes questions
Sur la direction de l’échiquier
Sur la volonté même de ces circonstances
Qui font déjà de moi un autre
Eviter les pièges est dur
Ne pas avancer est une illusion
Car lorsque le sol bouge
L’immobilisme ne peut conduire qu’ailleurs
& dans l’acte réside un secret
Le fruit d’un plan
Bien concocté
Pour m’égarer dans trop de chance & me forcer à chercher
Dans l’ombre de chaque geste & la lumière de chaque mot
Quelque chose, pour éviter les douches froides
Pour être plus proche de moi
& des anges qui passent
Dont je veux peut-être apprendre trop vite
Grossière erreur que de les presser
Car si un ange n’attend pas
Il choisit ses moments
& bien naïf qui voudrait l’interroger : les anges ne répondent qu’aux questions qu’on n’a pas formulées
Les autres sont une autre affaire
Une affaire de temps - on y revient
Parfois l’urgence s’oppose au sacré
Exaspérante & dévorante, insupportable mais…
Tellement inoubliable
Tellement inévitable
Tu viens vers moi, mais qui es-tu ?
Masque d’une foule de visages anonymes
Tu me tends la main, mais je la touche & louche, & la main se démultiplie
Au point que je ne sais quel doigt embrasser, effacer mon identité
Celle-là même qui me retient
De traverser toujours
Les frontières de l’espace terrestre
Les frontières de l’espace mental
Les frontières de la problématique
Ecarter les loups sera une autre affaire
Car ils ont toujours quelque chose à convoiter
Une éclipse en ellipses
& quand je voudrais
Enfin
Prendre le temps
Leurs sourires carnassiers viennent me presser
De réclamer ma larme d’avenir
Avant que la source ne soit tarie
Que ses fluides n’aient rempli des gouffres de non-sens
Car ceux qui n’ont besoin que d’un reflet
Le genre qu’on effleure & qu’on oublie
Ont bien trop tendance à négliger
Le vrai pouvoir du toucher
Ange bleu, depuis combien de siècles & combien de légendes
N’avons-nous pas parlé
Autrement que par signes
Qu’il te faille m’envoyer un émissaire blanc & une foule de tentations
Qu’il me faille m’emporter
Donne-moi de la patience
Mais pas trop
Juste de quoi ne pas tourner une page avant de l’avoir lue
Le reste du livre…
S’écrira tout seul

Ah... la lune

Silence en automne
Au crépuscule d’un jour un peu morne
Sans rire, sans hésiter
A ton aura, j’aimerais me déclarer
Pas simple
Pas vain
Juste un peu de trouble pour exprimer un sentiment qui dépasse
& de loin
Ceux que tu as su aiguiser jusqu’ici
Ne t’y méprend pas, ma mie
Je ne cherche pas à susciter autre chose
Qu’un peu de joie & d’éphémère
Rien d’éthéré, juste un petit plaisir matinal
Rien de banal, dans le fond ni dans la forme
A te voir, on te croirait comblée
Pas de peine, pas de problème
Juste un mot à dire, avec un sourire
Tu l’as voulu tu l’as eu, je crois que je suis subjugué
Mais pas par facilité
Plus par un désir de clarté
Il suffit de demander, en fait…

Je suis un peu long, mais c’est un prélude, le croiras-tu ?

J’ai interrogé
L’oracle à propos
De tes propos, de ton regard quand j’ai prononcé mon appartenance
L’oracle s’est enfui
A question idiote, réponse aphone
Ne plaisantons pas
Je ne voudrais pas
Me tromper, ni t’égarer
Qu’est-ce à dire, qu’est-ce à redire ?
La vérité t’a t’elle parlé ?
Dans mon besoin de solitude
De turpitudes, dirais-je
J’ai besoin d’un petit jeu que l’on appelle « toi »
Un petit jeu langoureux
Malheureux qui s’y perdrait, je préfère m’y retrouver
Car t’effleurer, c’est déjà un peu prier
& t’enlacer serait, je crois, un beau cadeau à l’Eternel
Tout ce que je peux penser
Tu devrais le ressentir
& ton délicieux jouet
Serait l’autel de mon église
As-tu vu cette arche organique
Qui s’y prête, qui m’appelle
Ces yeux vitraux qui reflètent
L’image de ma croyance ?

J’en suis prisonnier, c’est bien pour ça que je prends mon temps

Délicieuse enfant
Sais-tu qui te ment ?
Pas moi, mais ton reflet dans le miroir
Il te dit que tu es belle
Je dis que tu es exquise
Une goutte de mercure
Diluée dans l’éthylène
& la mémoire sert à ceux qui la retournent
Les autres ne retiennent qu’une couleur
De ton kaléidoscope
Ne voient jamais qu’un aspect de l’instant
Celui qui détend, pas celui qui apprend
Donne-moi ta main, prête-la plutôt
Car je ne saurais la garder bien longtemps
Mais la malaxer, ou bien l’honorer
Ne sera qu’un extrait
Du programme de ce soir
Comme une bande annonce
Subtile démonstration
De ce qui attend le reste de toi
Tiens, tiens, voilà que frémit ce doigt

& puis d’ailleurs : plus c’est long, plus c’est bon, non ?

Voilà maintenant
Longtemps que j’attends
& je jure que je n’ai rien touché par peur de m’éparpiller
Il faut dire, au pire
Que j’avais de bonnes raisons d’espérer
& puis, qui s’en soucie ?
Une fois que je t’aurais conduite
Là où jamais tu n’as été
(ni ne retournera, d’ailleurs)
Ce sera à toi
A toi & à toi seule
D’y mener qui tu voudras
Simplement, ne t’égare pas
Il n’y a qu’un sens, aller simple vers tes sens
Ouvre ton esprit, ne l’oublie pas, celui-là
Car c’est la clé
Le reste n’est qu’une bonne application d’un mode d’emploi
La larme qui pourrait bien couler
& l’extase que je déchiffrerai
Seront ma vraie récompense
Ma substance ô combien délectable
& au moment crucial
Nous hurlerons ensemble à la lune
Ah… la lune
On y revient… tu as du temps pour ce trip-là ?

Trip

Oh… mes ailes ont repoussé…
Elles sont plus grandes encore que la dernière fois
Je les sais dans mon dos
Je les vois dans mon miroir

Après ce voyage avorté sur la lune
Ces heures d’errance spatiale
(& -Dieu m’en est témoin- les astronefs ne me réussissent guère)

Court passage dans ses bras

Long trip entre les comètes
(trop bien invitées, pas si mal évitées)

Tout ça pour aboutir à…

Une fête de fatigue
Une plage de solitude

& la dure réalité
La dure impossibilité
D’échanger
Les arcs-en-ciel
De croiser
Les effluves
(Who do you call? Ghostbusters!)
A la limite, les regards
& encore, qu’est-ce qu’un regard ?
Un amas d’illusions
Beaucoup
& des questions, aussi !
Une foule
Comme un piano dans un piano-bar vide
& sombre
Une foule de possibilités, donc
Mais, c’est fatal
Pas encore la vérité
Celle des idées ne compte guère
Sauf lorsque l’idée est un fait
Du genre de ceux qu’éprouvent les êtres
Lorsqu’ils se sont perdus
Quelque part dans le grand vide…
& au milieu de tout ça
Ne pouvoir plus penser qu’à elle
elle, elle, elle
Encore
& encore
Jusqu’à l’écœurement
Jusqu’à n’en plus pouvoir
De la voir sans la voir
De lui parler sans lui parler
& de mentir par omission
En prétendant planer quand mon élan est fait de morceaux de soleil

& ça, aucun cachet n’y changera rien
Ni en bien, ni en mal
Alors on essaie, on essaie d’y croire
De se convaincre que tout est logique
Quand, la veille, cela semblait évident
Ensuite vient l’amerrissage
Coulée profonde en un abysse dépourvu de raison
De principes, même
Juste un état totalitaire
Tout alité, me revoilà qui m’échoue
Qui m’agrippe à du sable
Autant gerber dans un violoncelle
& se laisser dériver au gré du hasard
Un pas au soleil, deux pas dans l’ombre
Est-ce là une manière de bronzer ?
Est-ce là une manière d’aimer ?
Que de douter sans cesse des caprices & du bien-être ?

& puis…
On s’interroge devant les pissenlits
Devant l’écran de neige
& même dans un chantier, glauque
De terre fondue

Une semaine
Une semaine pour comprendre
Comprendre que les jeux des enfants nous dépassent parfois
- & c’est tout -
Comprendre que les silences & les sourires de nos complices n’entravent pas une avalanche
& que si les jeunes étoiles ont tout le temps de s’épanouir
Il est temps que les fleurs qui se cherchent
Se trouvent
Se trouvent
Enfin
Afin
De
Réaliser
Le temps & la folie
Les baisers & les caresses
Du vent contre leurs pétales

Avec le recul, on observe mieux les flaques
& les cailloux qu’on y jette

Ces cailloux…
C’est déjà…
Un peu…
Nous

& nous, c’est déjà un petit peu de couche d’ozone
Alors, il suffit d’une impulsion
Entre deux labeurs, une invitation
Que le dur retour à la réalité
Soit le petit orgasme de la psyché
Lorsque l’on a digéré
Cette leçon-là
Il n’y a plus qu’à déclarer aux anges qu’on les aime
Sans nul doute
Ils nous aimeront aussi

Mercure liquide

Il faudrait inventer de nouveaux mots
Pour conter ce que je dois conter
Mais puisque de mots, je n’ai que les nôtres
Je m’en vais décrire l’indescriptible

En cette nocturne tamisée nous faisons le vide autour de nous & plus rien n’existe que l’ici & le maintenant & côte à côte nous sommes allongés sur ce lit à nous demander « à présent, que va-t-il se passer ? à présent, que va-t-il se passer ? » le monde extérieur va-t-il se désintégrer & notre étreinte va t’elle naître & renaître des spasmes de nos esprits chamboulés tourneboulés envoûtés par l’atmosphère que nous avons créée & qui déjà nous dépasse nous surpasse nous désencrasse l’âme ? le bout de mes doigts s’introduit dans tes cheveux & nos épidermes commencent une expérimentation qui pourrait bien nous révéler où le jardin d’éden a été dissimulé cachés loin des regards de ces hordes de fous qui nous entourent & sèment leurs graines néfastes dans les fastes & les orgies de nos énarques ils jettent leurs bombes bombes bombes leurs mauvaises ondes ondes ondes & notre fronde notre force est de savoir parfois nous boucher les oreilles & nous réfugier sous les remous d’une couette & partir en quête de notre vraie nature loin des mensonges plus près des songes si l’on y songe nous sommes deux ébauches de lavande comme une offrande à l’Univers & chaque décharge électrique que nos doigts répandent sur le corps de l’autre est une prière une louange de l’Infini & de ces habitacles de chair que nous ressentons comme deux âmes-sœurs promises l’une à l’autre depuis l’éternité & qui ont déjà trop attendu que le moment de se révéler pleinement l’une à l’autre soit venu convenu & l’avènement de cette union est un baiser sur le quai d’une gare une extase à peine prononcée & déjà digne de figurer dans le Livre notre livre est celui de la Terre & sur tes murs le désert m’appelle & m’appelle & épelle mon nom encore & encore

S… secret de tout ce qui est, nous savons ton vent qui mugit sans cesse
H… harmonie qui est mon double au féminin, mon aura délicate
A… ahurissante est ton odeur, pourquoi la connaissais-je déjà ?
O… offrande, ce qui est mien est tien, & tes « je t’aime » résonnent à mon oreille comme une symphonie japonaise
M… mmmh…
I… il me faut te mettre dans de tels états qu’un médecin y perdrait son latin

Le temple s’est ouvert…
Le temps, ici, n’existe plus
Le temps est notre allié

Se peut-il que nous soyons dans une chambre quand j’entends le vent siffler si fort à mon oreille ? je le sens même sur ma peau ah non c’était ta main mmmh ta main ta main qui me fait me cambrer dans les cendres de ce pétard presque inutile que tu as roulé pendant que lentement amoureusement je répandais mes lèvres sur ton dos & que ma salive se préparait langoureusement à rejoindre la tienne la tienne plus parfumée encore que cet encens qui brûle & partout autour de nous le vent souffle & les loups hurlent les loups hurlent les loups hurlent & toute la nuit de tierce en quinte leur mélodie s’approprie nos murmures leur nature & les mixe dans une infinie saveur de moiteur rien ici n’est impur seuls nos esprits libérés sont là toi & moi toi & moi toi & moi mmmh nous voilà prisonniers d’une étreinte si longtemps désirée si longtemps appelée que la cire de mes bougies n’en pouvait plus de fondre à présent tel un explorateur lancé sur une terre vierge je découvre & redécouvre chaque parcelle de ton visage & en aveugle laisse mon toucher me guider vers ce qui est pour toi le plus délicieux & les Cieux les Cieux s’extasient devant ce spectacle inattendu & merveilleux devant une évidence spirituelle & charnelle qu’on s’en étonnerait presque de n’y avoir pas pensé plus tôt lentement faisant de chaque instant une heure nous nous glissons à l’abri des draps & tes vêtements volent à travers la pièce & les miens aussi quel besoin en aurions-nous puisque nous sommes là pour honorer l’œuvre du Créateur en révélant son potentiel le Ciel nous aime & on le lui rend bien oh mon experte princesse j’entends les étoiles elles-mêmes épeler ton nom dans mon oreille en même temps que ta langue s’y promène

G… guérissons-nous du monde
A… accomplissons notre île
(bri)
E… extase indéfiniment prolongée
L… lovés comme lune & soleil
L… langoureux & câlins
E… est-il possible que je sois là où je suis ?

Les spasmes de nos corps
L’espace, ici c’est nous
L’espace, est notre amant

Un deux trois quatre cinq six sept sept ans l’âge de notre raison puisque c’est le temps qu’il aura fallu bien ta chaleur me brûle de l’intérieur & au fur & à mesure au fur & à mesure nous recréons le monde à chaque baiser à chaque caresse c’est une vie qui renaît & une guerre qui s’arrête pourquoi ? pourquoi sommes-nous sur cette terre au milieu du tourment & des égarés ? faudra-t-il que nous en passions par là une fois de plus ou ces vies que nous avons choisies peuvent-elle nous mener ailleurs enfin ? Avons-nous un rôle à jouer nous qui aimons la vérité pour ce qu’elle est la direction de l’Univers dans la cohérence de ses travers ? là l’un pour l’autre désormais nous sommes moins vulnérables aux lions qui errent en répandant leurs traînées de dents pourries de sang séché de cruauté d’insultes formatées je ne veux plus regarder la télé ! seulement tes yeux dans les ténèbres seulement ta courbure de gazelle offerte à ma douceur d’agneau entre herbivores on se comprend sans jugement sans peurs ni craintes tels que nous sommes & en somme tels que nous avons été créés & après m’être noyé dans le réconfort de tes seins avoir aimé ton ventre & épuisé tes jambes permet-moi d’être ta main & de tourner de tourner de tourner sans m’arrêter jusqu’à ce que ton jouet t’ai conduite à l’autre bout du monde & là rien n’est fini & oui ça continue & oui ça continue & ça dure & ça dure sauf qu’il est temps que ma langue vienne se poser sur le bout de ta fleur pour reproduire encore ce miracle qui oh ! te rend toute rouge qui oh ! te fais serrer les poings qui oh ! te fais gémir & soupirer tressaillir & sautiller je crois que j’ai trouvé là ce pour quoi je suis né tout du moins ce pour quoi je suis fait permet-moi d’épeler la formule magique qui nous anime tous deux

J… j’éprouve une notion d’infini
E… élastique est mon âme, non tendue mais partout
T… ton sourire me suffit
‘… même Pivot n’a pas lu meilleur livre !
A… acceptons-nous enfin
I… ivres l’un de l’autre
M… miel qui s’écoule tranquille entre nous
E… est-ce la fin d’un voyage ou le début d’un autre ?

Nous voilà fusionnés liés comblés & nourris par ces céréales à diffusion lente & de jour en jour & de nuit en nuit nous revivons ces moments en comprenons les tenants sachant que le seul aboutissement possible… est de recommencer !

Mercure liquide…

Je m’offre à toi…

Entraîne-moi…

Emporte-moi…

Envoûte-moi…

Agneau pourpre

Tiens, te revoilà, toi… (excuse-moi, mais j’ai rencontré une vraie personne depuis qu’on ne s’est vu)
Tu as mis le temps… (& ça tombe bien : j’étais en grande conversation avec celle-ci)
Je savais que tu te déciderais un jour (c’était inévitable)
N'aie pas peur… (je suis totalement inoffensif)
Approche (j’ai à te parler)

Je me suis approprié ta direction
Pardonne-moi, c'est une vieille habitude
Je montre la voie d'un habile clin d'œil
& les passants me suivent
Tous, y compris ceux qui se plaignent
C’est toujours pareil avec les passants !
Chacun veut sa part
Personne ne mange
& dès que le voisin tourne le dos, mmmh… quel festin !
Mais je diverge, tu n'es pas venue
Pour te perdre dans les travers de tes frères & sœurs
Sûrement pas
Bienvenue, donc
Dans ma maison
Dans mon jardin
Là où les fleurs sont mauves
& où le crépuscule
& l'aube
Ne sont qu'une seule & même formule chimique
Qui se croise & s'entrecroise
Car tout, je commence à le soupçonner
Est son contraire…

Tu veux savoir à quoi je joue ?
C’est normal :
Tout le monde veut savoir
A quoi
Je joue
Ça intrigue, les agneaux pourpres
Ça émerveille, parce que tout leur semble facile
Ça effraie, parce que le malheur
N'est pas au menu
& bien, si tu veux savoir
Il va falloir prendre ta pelle
& ton seau
& creuser
Creuser
Creuser encore
Les vrais trésors sont toujours bien enfouis
Je suis invisible
Sauf aux heures tardives de la nuit
& sauf
Si tu sais lire entre les lignes
De mes mains
Sais-tu lire ?
& surtout, sais-tu écrire ?

Je me plais à confondre les pièces du puzzle
Curieusement, c’est dans cette confusion
Qu'apparaît le plus clairement ma volonté
Longtemps j’ai crains
Qu'à rôder ainsi entre les collines
Je finisse par m'y perdre
Quelle ironie du sort que j’y aie trouvé
La chantilly
Qui donne à mes fraises tout leur parfum (Non ! J’ai pas trouvé mieux comme métaphore !)
Pourtant ne t'y méprend pas
Sous mes airs de gourmet
Je suis au désespoir
Devant ces joutes sans but
Auxquelles tes comparses se livrent
Moi qui jamais ne tue ni homme ni bête
Hormis -je le confesse-
Les mouches dans le désert
Celles-là l'auront trop cherché [mea culpa]
& dans mes songes
Je me retourne
Cherche à faire face à la lumière
Mais la lumière
Ne brille qu'à l'intérieur

En attendant, voilà que tes semblables, justement
Nous rejoignent & se donnent des airs de vouloir écouter mon discours
Je m’en vais le leur servir sur un plateau d’argent…

Briser les dépendances
Physiques
Mentales
Affectives
Spirituelles, peut-être même
Travaux en cours/Ne pas entrer
Ne pas entrer dans ma tête
De toute façon, vous aimeriez ou détesteriez trop ce que vous y trouveriez
Alors restez chez vous
Au moins le temps que je fasse le ménage
J’attends la pause clope
Sans clope
La pause café
Sans café
La pause émotive
Avec émotions
& calme
Les deux ne sont pas incompatibles
C’est juste un problème de délais
De délaissement des délais
De délégation des devoirs
De dénégation des pouvoirs

Avez-vous déjà été fatigués ?
Je ne crois pas
Je crois, au contraire, que vous n’avez jamais été qu’en attente
Moi, j’en avais assez d’attendre
J’ai déjà trop attendu, de toute façon
& j’en ai trop entendu
Trop vu…
Si vous saviez ce que j’ai vu, vous m’en feriez sûrement une crise cardiaque
Je le sais : j’en ai fait une, à l’époque
& pourtant je suis fort
C’est ce qu’ils disent, en tout cas
Mais plus que tout, j’en ai assez de me plaindre !
Erreur/Je ne me plains jamais
Mensonge/Je me plains parfois
Mais jamais, ô grand jamais je n’y trouve aucune forme de satisfaction
C’est bien le problème avec la satisfaction
On ne la trouve jamais dans la même cachette que son voisin
Même lorsqu’il l’y a remise
C’est fâcheux
Mais c’est comme ça
(Donc il est temps de ne plus me plaindre)

La dernière fois que j’ai dépassé le seuil des mirages
Un boeing m’a percuté de plein fouet
Plus dure fut la chute
Depuis, j’ai grandi
& je ne crains plus les boeings
Seulement moi-même
Mon pire ennemi
Mon meilleur ami
Mon plus bel amour
« Aime ton prochain comme toi m’aime. »
J’aurais du mal
Car mon prochain n’est pas toujours aussi beau que toi
Entend par « beau » : bienveillant & sensé
& le sens, c’est mon truc
L’analyse intuitive du sens interdit
Du sens autorisé
Du sens inverse
Averses de mots qui sont une illustration plus ou moins pertinente de mes intuitions
Merci à toi, fille du vent
Merci à toi, rumeur publique
Merci à toi, maison occupée
Merci à toi, agneau pourpre
Ce soir
Ce sera moi
L’agneau pourpre
Je ne danserai pas
Je ne lèverai même pas le petit doigt
Juste les yeux
De temps en temps
Histoire de bien signifier mes origines, comme disait l’autre poète

Merci, poète

Derrière mon demi cercle de bougies magiques
Bien caché
Là où tout le monde pourra me voir
Je lancerai des incantations d’une telle intimité
Que probablement il vous faudra de temps en temps détourner les oreilles
Pour ne pas en savoir trop
Pour ne pas en savoir assez, en tout cas, pour que cela bouleverse vos convictions à l’égard des agneaux pourpres
Plus tard, vous viendrez me questionner
Je vous répondrai qu’il fallait écouter
&, comme à chaque fois, vous finirez par remplacer mes mots par les vôtres
C’est comme ça
Je viens à peine de commencer à m’y faire
Anyway…
J’espère qu’il y aura une trêve avant Noël
Vous y croyez, vous ?
Ha !
& le pire, c’est que j’ai l’air cynique
Quand je suis juste joueur
Désolé
Je suis comme ça
Pourquoi croyez-vous donc que je me couvre de mauve ?
Parce que mon moi est joueur
& que vous dire ce que je suis aujourd’hui
C’est vous dire qui je serai demain
& ça, c’est un scoop !

J’aimerais ne plus jamais rien réclamer
C’est tellement plus efficace de provoquer, de toute façon
Faire en sorte que…
Provoquer…
Ah… quels doux moments que ceux-là
L’année sera longue
Violente, parfois
Sismique, même
C’est comme ça
J’en suis ravi
Mais j’ai un peu peur, tout de même
Le changement fait toujours un peu peur
Même, & surtout, lorsque l’on en est la cause première
Car au fond
C’est bien moi qui ai voulu
Me retirer pour y songer
Revenir pour en parler
Régler mes comptes (cheval de Troie)
Pour repartir de zéro
Conscience tranquille & âme en paix
Croyais-je…
Pour la conscience & l’âme, d’accord
La tranquillité & la paix, c’est raté
Non : pas raté, remis à plus tard
Again
Mais, disais-je, c’est par choix
Car là encore
C’est bien moi le premier qui ai voulu désarticuler ma famille de freaks
C’est bien moi qui ai décidé de me sentir concerné par la mort qui rode
Au lieu de l’ignorer bêtement
C’est bien moi qui ai décidé de me jeter à l’eau de plus en plus souvent
Sur scène & même en deçà
C’est bien moi qui ai voulu
Oui, tant voulu
Etre à l’écoute quand le bleu m’a envoyé du blanc en pleine figure
C’était bon
Un peu risqué, mais si bon
Si, si bon
Que je n’en suis pas encore remis, tiens
D’ailleurs, je ne regrette rien
Puisque quoi qu’il se passe
Dès que je chute un peu, c’est pour mieux rebondir
Plus haut
Toujours
Plus haut
Alors quoi ? Vais-je protester de m’être moi-même mis dans l’extrême ?
Ce serait vraiment de la mauvaise foi
Car l’extrême, c’est encore la meilleure place
Pour un agneau comme moi
J’aime ça
C’est ma came, depuis toujours
Parfois subie, souvent choisie
Mais toujours embrassée jusqu’à n’en plus pouvoir
& avoir besoin d’une pause

- Pause -

& puis après, c’est reparti
C’est comme ça
Je mentirais bien si je disais que cela ne me plait pas
J’en apprends tous les jours
& certaines nuits plus que d’autres
Dans l’extrême
Tant que ça durera
J’aurai peur, j’aurai bonheur
Je vivrai
Sans faire de concessions, sinon peut-être aux anges
Mais ceux-là
L’auront bien mérité

La croisée des chemins

Je sais à présent que les gens sont des voleurs.
Ils ne le font même pas exprès, c’est sans doute le pire.
Leur champ lexical se réserve les tours de passe-passe les plus incongrus.
Leur esprit est tordu.
J’ai beau me plonger dans l’illusion je n’en peux plus, je me vide d’un coté me remplis de l’autre c’est insupportable surtout quand le soleil est déjà couché.
Et puis il y a l’Appel.
Celui-là me fait persister à me mêler. Du corps & de l’ego, lequel donc me perdra ?
Les deux, peut-être.
Mais les doux yeux de Lady Bidule me feraient déplacer des montagnes, & d’ailleurs n’est-ce pas la cause de tout ?
J’entends, depuis le tout, tout début.
Ce qui est sûr, c’est que je n’arriverai plus jamais à être un enfant. Peut-être croire encore en Noël par jeu ou par acharnement. Croyez-y ou non, mais un enfant, c’est infanticide comme pensée, déjà.
Pourtant, j’ai d’autres moyens d’imiter la magie. Moins innocents, plus flamboyants. L’art n’est qu’un jeu subtil entre des particules c’est un peu comme le sexe : juste une petite formule magique, ne pas se donner à moitié, faire léviter. Subtilités, déclinaisons. L’important c’est d’exister rire ou souffrir mais ressentir. Après tout, les plus beaux orgasmes viennent parfois dans le deuil. Vous êtes-vous déjà fait branler par quelqu’un qui vient de vous quitter ? Ça fait un drôle d’effet mais c’est déjà ça de gagné en souffrance perverse, ou gratuite. Ou les deux. C’est bête, comme souvent on s’autorise à l’être, mais c’est déjà ça dans une légende.
En fait je n’en sais rien, je ne sais rien de la sérénité sinon ce que j’ai pu en apercevoir dans les meilleurs & les pires instants de ma vie. Ou parfois juste avec un verre de vin, un livre de la nuit & un disque de Coltrane. C’est décontenançant mais plus on y parvient plus la vie se fait simple & bien plus que dans le chaos des bonjours des au-revoirs & des oui & des non.

Sans rire, il faudrait vite se poser des questions.

En fait, il n’y a que seul que l’on peut discuter avec son ange gardien.

Confession publique

Flash. Je marche dans la rue.
Flash. Qui suis-je ?
Flash. Voitures, gens, bruit.
Flash. Je suis un petit animal urbain, parfaitement adapté à mon environnement.
Voitures, gens, bruits, immeubles, trottoirs. Ambulances : je les maudis, ces boites à capharnaüm roulantes, ces parasites sonores ! Un jour j’en shooterai une au bazooka, ça me défoulera & ça en fera toujours une de moins sur terre.
Une de moins…
Une de moins...
« Ça fera toujours un connard de moins sur la terre. »
Flash… back.
Je ne suis pas encore né. Maman est enceinte.
Fausse couche. Pas de bébé cette année.
« Ça fera toujours un connard de moins sur la terre. »
Merci, Papa, & si ça avait été moi, le connard ? Avant même d’être conçu je suis jugé, évalué, pesé, emballé : « un connard de moins. »
Quatre ans passent : Maman est enceinte. De moi cette fois, c’est sûr.
Ça fera toujours un connard de plus sur la terre.
14/11/76. Quinze heures trente. Bonjour le monde ! Faites pas cette tête. Une fille ? Connais pas. Désolé je suis un garçon : va falloir vous y faire. Moi aussi, d’ailleurs, va falloir que je m’y fasse.
J’aime bien les filles, c’est plus spatial.
Faute d’en être une je leur vouerai un culte.
J’ai deux ans. Papy est mort. Je l’aime, mais ça ne me rend pas triste, la mort. Je suis trop jeune, qu’ils disent. & si j’étais déjà trop vieux, hein ?
J’ai cinq ans. Tout le monde m’aime. Papa, Maman, grands-parents, oncle & tante. Je suis le seul enfant de la famille & je grandis seul parmi les adultes. Faute d’être une fille, c’est déjà ça. D’ailleurs, déjà, les doux yeux de Lady Bidule me fascinent. Pas grave, Lady Bidule est avec moi. Elle n’a que cinq ans elle aussi, mais déjà elle est précisément la plus spatiale de l’école. J’ai beaucoup de respect pour elle.
Je veux : j’ai. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est comme ça. Rien ne me résiste. & de toute façon, j’ai déjà depuis longtemps compris une chose cruciale : à cinq ans je suis déjà beaucoup plus intelligent que tout un tas d’adultes. Je serai roi, un jour.
J’ai six ans. Une nuit. Cris, larmes, on me tire du lit & on m’assène la terrible vérité, la première d’une longue série : Papa n’aime plus Maman.
Ah ? Bon…
La vérité, je préfère la connaître, mais j’aurais quand même préféré qu’elle soit autre.
Six ans-quinze ans : dix ans de malheur. Un miroir & trois verres Nutella.
1982 : je serai roi.
1992 : je suis mort.
Mort.
MORT !
Récapitulons :
J’ai sept ans, & déjà ça cloche : Maman est cassée, des fois elle pisse le sang. Papa est ailleurs & il s’en fout.
J’ai huit ans. On m’arrache à mon école, de fait à mon royaume & à Lady Bidule, pour me jeter en pleine jungle. Adieu, Lady Bidule, adieu, royaume. Maintenant je suis un esclave & tout le monde me tape dessus : à l’école, à la maison. Maman est réparée, mais sa tête ne marche plus. « Blam ! Prend ma main dans la tronche. Blam ! Prend cette vérité, & celle-là, & celle-là encore : le monde est pourri de l’intérieur, toutes tes convictions sont des illusions ! » J’ai huit ans, & je suis un esclave. Bien, puisque tout déraille : moi aussi. Je serai un esclave fou.
J’ai neuf ans. On finit de m’arracher à tout ce qui me donne encore un peu de joie. Exil à la campagne. M’en fous, je suis fou.
J’ai dix ans. Je hais l’univers.
J’ai onze ans. Le sang continue de couler, plus alcoolisé que jamais. Je n’ai même plus la force de haïr quoi que ce soit. Je suis fatigué. Lady Bidule n’est plus qu’un lointain souvenir, en aucun cas un espoir. Un quoi ? Il n’y a plus d’espoir.
J’ai douze ans. Retour aux sources. L’espoir renaît : alors Maman, à qui ça ne plaît pas, le chasse à grand renfort de coups & d’insultes. Premier contact avec l’enfer, le vrai. Moi qui croyais avoir tout vu…
J’ai treize ans. Lady Bidule me crache à la gueule, Maman aussi. On me montre du doigt dans la rue. Je m’en fous : ça fait mal, très mal, mais je survivrai.
J’ai quatorze ans. Vivre en enfer, ça épuise. Je me raccroche à un rêve : vain. Alors je veux mourir, oublier tout & disparaître dans le néant. Pas moyen. Alors je deviens de plus en plus fou, & comme on continue de me montrer du doigt, je commence à comprendre que je ne serai jamais tout à fait normal. Alléluia ! Ce sera ma petite gloire personnelle, la dernière fierté qui me reste.
J’ai quinze ans. Je vais mourir, c’est inévitable. J’ai tenu le coup neuf ans grâce, peut-être, à une seule raison : je sais que tout se qui ce passe n’est pas de ma faute, que je suis le jouet d’esprits malades & qu’un jour, je leur échapperai. Mais cette raison ne suffit plus à me tenir debout. Mes jambes marchent toutes seules, ma bouche émet encore quelques sons, de plus en plus rares. J’ai échappé à l’enfer : enfin je suis libéré de Maman. Mais l’horreur ça ne s’oublie pas comme ça, & elle me gangrène de l’intérieur. Non, vraiment, je ne peux plus que mourir.
& puis voilà qu’un ange bleu s’en mêle, & que le premier ange blanc débarque sans crier gare : « Toi, je ne vais pas te laisser crever comme ça ! » Puis viens la dame en noir, qui me prend sous son aile & me berce. C’est inespéré & beau. Pour quelqu’un comme moi tout cela est même merveilleux. Mais c’est trop tard. Je meurs.

Repose en paix…

& je renais ! Ma résurrection est un délice, extase dans la grande joie & décision inaltérable : je vivrai dans cette vie tout ce qui m’a été volé dans la précédente. Alors, je pars à la conquête du monde, & à nouveau plus rien ne m’arrête. De chaque erreur j’apprends, chaque échec me rend plus fort. Je deviens presque roi cette fois, & j’en reviens car je saisis que la bienveillance envers autrui est la seule façon d’avancer. & enfin… ENFIN… Lady Bidule.

L’aventure commence !

Puis viens la claque inattendue, l’épreuve qui devait me laver de toutes les errances de ma vie antérieure. J’en chie, mais c’est pour la bonne cause. Jusqu’à cette seconde révolution spirituelle, dans laquelle je suis encore jusqu’au cou, où je peux enfin me regarder en face & aimer ce que je vois.
« Aime ton prochain comme toi t’aime. »
Peut-être.
Ce que je veux vraiment : je l’ai.
Petit animal urbain, je marche dans ma forêt de béton, c’est là que je me sens bien. La seule chose qui me manque parfois, c’est l’anonymat. Il arrive même encore que l’on me montre du doigt dans la rue, mais c’est maintenant avec bienveillance ou désir, alors ça ne me gène plus.
L’hiver, je regarde à l’intérieur de moi. Au printemps ce n’est plus possible, car Lady Bidule réapparaît comme fleur sur un arbre & obnubile toute mon attention. Son déhanchement me rend fou, ses longues jambes effilées me crucifient, la lumière du soleil sur son épaule me transperce les tripes, quant à son visage… aaaaargh ! C’est la cause première, le péché originel en quelque sorte : celui qui te pousse à sortir nu sous la neige pour aller chasser. Celui qui te pousse à construire brique par brique une cabane pour te protéger du vent & des bêtes féroces, alors même que tes bras n’ont plus de force.
Parfois, alors, quand je n’en peux plus, je vais jusqu’au bout de mon désir. J’assume, comme qui dirait. Je me méfie pourtant des illusions car Lady Bidule en est pleine, & moi aussi d’ailleurs. Or je ne peux concevoir d’aller sur la lune ou ailleurs avec elle si je n’ai rien à lui dire. Alors quand une féministe sexiste vient me voir & m’accuse, moi, de sexisme à cause d’un exercice de style écrit à dix-huit ans -ou pire encore : juste parce que je suis un mec !- je ne me donne même plus la peine de répondre. Ça me fait le même effet que lorsqu’un catholique me traite d’hérétique parce que j’affirme qu’honorer longuement un clitoris est l’une des plus belles façon de louer Dieu. De toute évidence, Monsieur le catholique, Madame la féministe, tu n’as RIEN compris. Ni à Dieu, ni à l’anti-sexisme, et à moi encore moins. Figure-toi que je suis une femme, aussi. & même un peu de Dieu. Tu crois que je ne le suis pas ? Tu crois que je ne suis pas affranchi de ces idées qui t’écrasent la pensée ? & bien tu te trompes. & tu te trompes par orgueil plus que par conviction : c’est précisément pour cela que je me permets, Monsieur le catholique, Madame la féministe, de te cracher affectueusement à la gueule.
Affectueusement ? Oui : ma colère ne contient pas de haine. La haine, je l’ai épousé jadis, & ça ne m’a apporté que des emmerdes : alors je n’en veux plus ! J’aime comme je respire, & s’il m’arrive de t’aimer, prend garde car je m’en vais balayer tes idées reçues & tes petites cases à grands coups d’orgasmes & de mots doux. C’est comme ça, il va falloir t’y faire. & tu peux éteindre ta radio, car ma chanson à moi ne tient pas en trois minutes trente. Ravale ton amour formaté, sois avant tout mon ami(e) & fredonne-moi une symphonie à l’oreille, ou sinon retourne frimer en terrasse de ton bar favori. Tu y trouveras plus de vils flatteurs qu’il ne t’en faut. Moi j’ai assez brassé de vent pour m’en être mis jusque-là des « salut ! » et des « ça va ? » La vie a fait que je suis ami de certains loups blancs, alors par jeu -& par besoin de reconnaissance, il faut bien l’avouer- je suis moi-même devenu un loup blanc, le genre que tout le monde vient saluer bien bas pour avoir sa part du gâteau. Prenez-le tout entier ce putain de gâteau de viande froide : je ne saurais plus quoi en faire. A compter d’aujourd’hui je suis un agneau, pourpre de surcroît, & je ne bouffe plus que de l’herbe. Et l’Univers sait que c’est bon, l’herbe.
Retour à Lady Bidule : je n’en avais pas fini avec elle lorsque tu m’as si grossièrement interrompu ! Des fois, je décide donc de croiser des arcs-en-ciel avec Lady Bidule pour combler ce vide noir & glacial qui m’habite encore de temps à autre. Je vais pour assouvir ma soif & souvent je renonce en route, parce que ça n’en vaut pas la peine, & que je préfère encore me tripoter seul dans mon lit que de mélanger mes fluides avec n’importe qui. & crois-moi, mes draps ont épongé plus de sperme que l’Erika n’a déversé de pétrole dans l’océan.
Et puis il y a ces fois, si précieuses, où je m’entête à tenter le tout pour le tout : « Toi, tu seras mon ange. » Je cristallise mes sentiments, j’épouse le langage le plus incisif & je me lance.
Ce que je veux vraiment, je l’ai.
Pas juste à cause de mes beaux yeux verts, eux-mêmes acquis au prix de tant d’efforts ; mais parce que je ne le veux pas pour de mauvaises raisons, ni aux dépens de quiconque.
& je l’ai, ma divinité : un esprit à décrypter, un corps à explorer. Je m’acharne alors à faire parler mon cadeau, à mettre son âme à nu. Car si elle doit se mettre nue devant moi, j’aime autant qu’elle le fasse aussi & surtout spirituellement. Il va de soi que, ne sachant réclamer ce que je ne saurais moi-même offrir, je m’efforce d’en faire autant. « Avant de mettre ma queue dans ta bouche, assure-toi de me connaître vraiment pour ne rien regretter ensuite. »
& si nous passons l’épreuve des mots, en ce cas seulement, le vide noir & glacial commence à se remplir, & je peux donner tout ce que je n’ai pas reçu :
Ces lèvres qui effleurent tes cils, c’est pour Maman ivre morte & en fauteuil roulant, qui pisse le sang.
Ce long chassé-croisé entre nos deux langues, c’est pour Papa qui baisait ailleurs alors que Maman m’écrasait contre les murs.
Cette main insatiable qui caresse tes côtes & tes mollets, c’est pour tous ces connards qui me mettaient des beignes sans même savoir pourquoi.
Cette bouche tranquille qui émerveille ta chair du haut de ton cou jusqu’à l’intérieur de tes cuisses, c’est pour ces heures prostré au sol à recevoir claques & coups de pieds de celle qui m’a mis au monde.
Ce coup de langue timide sur ton clitoris, c’est pour ma tempe qui claque contre la porte, & moi qui fait semblant de m’évanouir des fois que ça calme sa colère.
L’ouragan buccal qui s’ensuit & qui te fait serrer ma main de plus en plus fort, c’est pour la vision dans le miroir de ma gueule au réveil, couverte de sang coagulé : celui de Maman. Ç’aurait pu être le mien : les deux ont coulé ce soir-là.
Chaque va & vient lorsque nous ne faisons plus qu’un & que nos cœurs explosent le longtemps de cette fusion, c’est pour Maman -encore elle- qui me tripote & m’embrasse en me disant qu’elle m’aime & que l’inceste, au fond, ce n’est pas si terrible.
Tu vois : quand je parle d’enfer, en comparaison celui de Dante c’est la cour de récré ! & si tu comprends que je sois revenu de ça, alors tu comprendras que je puisse passer des heures à t’enlacer tendrement, te câliner passionnément, te rassurer & te murmurer combien je t’aime & combien je suis prêt à tout pour te donner confiance en toi et en la vie.
& l’on vient après ça me bassiner avec l’esthétique soi disant superficielle de ton corps ? Qu’y puis-je si tes traits me fascinent autrement davantage qu’une peinture de Michel-Ange ? Qu’y puis-je si chaque courbe de toi est pour moi l’illustration de l’harmonie universelle & la métaphore du cycle des planètes autour du soleil ? Qu’y puis-je si les plis & replis de ton sexe sont pour moi tout comme la cathédrale de Gaùdi : un univers à part entière dont je n’aurai jamais fini en l’observant de détailler les subtiles merveilles.
D’ailleurs parlons-en, de cette cathédrale, Monsieur le catholique & Madame la féministe. Cette cathédrale espagnole jamais achevée. Qu’est-elle, je vous le demande ? Regardez-la de face, dans son ensemble. Que voyez-vous ? Un gigantesque vagin ? Bonne réponse. Ou quand la Sainte Eglise elle-même, qui l’eut cru ?, cautionne ma vision de la foi. Pourtant c’est un fait : au centre de Barcelone trône un vagin de plusieurs centaines de mètres de haut, orné pour faire bonne mesure d’un clitoris démesuré, & chaque dimanche on y va prier, & se défendre d’une époque où le sexe est roi.
« Dis, Shaomi, tu tomberais amoureux d’une femme obèse ? »
Pfff…
D’une punk obèse, sûrement pas !
& toi, à quinze ans, tu serais tombée amoureuse d’un ado boutonneux et binoclard ?
Tu vois comme c’est facile de répondre à côté d’une question, ou si l’on veut bien retourner le problème, de poser une question à côté de la réponse.
Mais néanmoins, sache que j’ai le plus grand respect pour toi car au moins tu te donnes la peine de venir me poser des questions. En venant me parler ainsi, tu fais un effort louable face à tes congénères. & oui, tes congénères, tu sais : ces petits animaux urbains qui se prétendent des humains. & bien tes congénères évitent de se poser trop de questions &, dans la foulée, de m’en poser. C’est plus facile d’extrapoler sans savoir ce que l’autre a à dire & pourquoi il le dit. Si je suis libre, ce n’est pas grâce à eux ni grâce à toi, car si j’avais du compter sur vos promesses d’émancipation, j’aurais pu attendre longtemps. Tu vois, ce qui m’agace, c’est cette façon qu’ont les gens de prétendre qu’ils ne m’ont rien demandé alors qu’ils ne cessent implicitement de me demander des comptes. Moi, la seule chose que je leur demande c’est de ne pas m’emmerder, ou alors de le faire intelligemment. Là, très bien. Sans cela, ça ne fait avancer ni eux ni moi. Est-ce donc trop demander aux gens que de m’emmerder avec subtilité ?
Apparemment, oui.
C’est fâcheux, mais à force de cracher dans la soupe on finit par s’y noyer. Toi, là-bas, par exemple. Oui, toi le petit branleur déguisé en rebelle comme d’autres se déguisent en jeunes cadres dynamiques, qui me toise d’un air supérieur en criant à tout vent que je suis ci ou ça. & bien sois prudent parce qu’un jour je vais peut être en avoir assez & venir te les poser, toutes ces questions que tu ne m’as pas posées avant d’élaborer tes grandes théories sur moi. Je m’en vais te les lancer en pleine face, juste pour rire. Je vais venir à toi, te faire parler & te laisser démontrer toi-même que tu ne tiens pas debout. & la démonstration que tu feras de ta propre incohérence sera telle que lorsque je t’en ferai prendre conscience, tu partiras en larmes te cacher dans les traboules & l’on entendra plus jamais parler de toi. C’est ce que tu souhaites ? Non ? Alors tu devrais peut-être commencer à réfléchir, histoire d’être prêt à affronter ma rhétorique si un jour j’en viens à te tester. L’affronter autrement qu’en restant bêtement borné sur tes positions, s’entend.
Pour qui je me prends ? Ah ! Enfin une question.
& bien figure-toi que je ne me prends pas. Je suis, & je sais qui je suis, ainsi que pourquoi. & sois certain que je ne suis ni mieux ni moins bien que toi : simplement la différence entre nous c’est que moi, je ne viens pas te faire chier avec ma différence. Je l’affirme, la porte, & parfois même la clame dans ce qu’elle a de plus beau comme de plus méprisable, mais jamais -& c’est ce qui nous sépare- je ne viendrai me plaindre que tu n’es pas comme moi. Tant mieux si nous ne pensons pas de la même façon, je préfère ça : ça enrichit l’univers. Quel dommage, pourtant, que cela te gène que je ne porte pas le même uniforme que toi.
Toujours est-il qu’étant fatigué de ce cirque & de ses clowns j’ai décidé de me faire oublier, de pister Lady Bidule en dehors de la piste & de n’apparaître plus devant la foule que subrepticement, ou alors ce sera à la maison. Désormais je monterai sur scène, & il n’y a plus que là, & parfois peut-être sur les murs aussi, que l’on me verra. Je laisse la branchouille aux branchés, l’underground aux taupes, & l’alternatif à ceux qui alternent. Quant à ces cocktails ou l’on ne m’invitera je l’espère jamais, je les laisse à ceux qui se croient sortis du lot qui se croit sorti du lot pour se jeter dans cette loterie sans pitié, où les gens s’écrasent non seulement avec les commérages de concierges, comme ici, mais aussi avec l’argent & le pouvoir.
L’argent, il ne m’en faut que très peu pour être heureux. Mais comprend-moi bien, babapunk : ce peu, je le veux.
& ce que je veux vraiment… tu te souviens.
Je le veux, disais-je, parce que j’ai compris que c’est un bon moyen -pas le seul, mais un bon- pour qu’on me foute la paix d’un côté comme de l’autre. & plus j’en aurai plus on me foutra la paix. J’admets que c’est très triste, mais c’est vrai.
Quant au pouvoir… j’en aurai peut-être des fragments en même temps que l’argent & le reste, mais honte à moi si je m’en sers. Peut-être une ou deux fois pour avoir la paix, mais le moins possible : je préfère ne pas trop y goûter. J’aurais bien trop peur d’y prendre goût & de redevenir un loup blanc, ou pire encore un de ces bureaucrates qui s’auto-consacrent directeurs de salle ou adjoints à la culture. Beurk !
Les responsabilités ? J’en veux plus, parce que ça oblige à être responsable de, & pour, les autres. Eux, ça les arrange d’avoir ce type, ou cette meuf, qui remue la merde à leur place & qui, en cas de mauvaise réputation, se prend tout dans la tronche. Bien sûr en cas de bonne réputation c’est différent : tout le monde vient dire « j’y étais », même ceux qui n’y étaient pas. Mais en cas de mauvaise réputation ces gamins artistico-touristes se font soudain oublier. Pire encore, histoire de ne pas perdre la face certains préfèrent même perdre leur âme. Du jour au lendemain le « nous » devient un « eux », & l’on s’en va fièrement baver avec les nouveaux copains sur les anciens en oubliant -quelle distraction, ces artistes- que l’on était encore avec les anciens au moment des faits. Ces faits divers qui nourrissent & amusent la rumeur publique de ceux qui donnent trop d’importance aux autres alors que pour l’instant, et jusqu’à nouvel ordre, nous sommes tous des nabots dans un monde de nabots. Allez, nabot, crache-moi dessus tant & plus : cela ne fait que prouver l’impact que j’ai sur toi & que pourtant tu nies. Cela ne fera même qu’aider l’Histoire à se souvenir de mon nom quand elle aura depuis longtemps oublié le tien. Crache, crache : ça me fait mal, certes, mais cela me rapproche aussi de ce jour pas si lointain où ça ne me fera plus ni chaud ni froid.
& tu voudrais que j’aie des scrupules à faire du blé avec mon art ? A l’heure où j’osais encore espérer que l’officieux était plus noble et plus honnête que l’officiel, peut-être. Mais à présent que tu m’as prouvé et re-prouvé que l’habit ne fait pas le révolutionnaire, je serai fier de faire du fric avec mon art. Si toutefois j’y parviens un jour, parce que contrairement à ce que tu racontes, l’art n’a jusque-là fait que m’en coûter, du fric. J’irai même jusqu’à dire que je serai fier de me prostituer, car mon art est une partie de moi donc : si je le vends, je me vends. Ma foi, si je suis assez beau pour qu’on m’achète, fort bien. Ça t’a plu ? T’en veux encore du beau ? Alors bouffe : je ferai du beau avec l’amour, avec le sexe & avec Dieu, ce qui est facile. Puis, quand tu seras fatigué(e) de l’amour, du sexe & de Dieu, je ferai du beau avec le sang, la sueur, les larmes, et la merde même s’il le faut. Mais ne t’inquiète pas : j’y mettrai toujours mes tripes & mon âme. En cela, cher public, je te respecterai.
& si tu crois que l’art est quelque chose d’élitiste & d’égocentrique, sache que tu as partiellement raison. Ceci dit l’art a au moins le mérite de donner du rêve aux gens, & tu sais, le rêve, c’est peut-être bien le dernier moyen qui nous reste de sauver le monde. Pourquoi ? Parce que l’artiste -en tous cas moi et ma famille de freaks, je ne peux pas parler pour tous les autres- essaie tant bien que mal de lutter pour l’épanouissement & la liberté individuels. Hors un jour, babapunk, tu comprendras que l’épanouissement & la liberté de la « société », comme tu l’appelles, passe avant tout par ceux des individus qui forment cette société. Oui, ces mêmes individus à qui tu dis à longueur de journée que ce qu’ils font est mal pour te sentir meilleur(E). De mon coté, crois bien que je sers l’Univers si je parviens à aider ne serait-ce qu’UNE personne à y voir un peu plus clair pendant une demi-heure. & je préfère être un artiste intègre qui vend ses idées, qu’un ringard anonyme de plus qui déverse dans le vide les idées des autres. Au moins si les gens achètent mes idées, je sais qu’ils auront une bonne raison d’y être attentifs.
Quant à cette vaste plaisanterie qui consiste à dire que « tout le monde est artiste », & que c’est donc pure vanité que de prétendre l’être… Oui, bien sûr : & tout le monde est aussi médecin & boulanger, tant que tu y es ! Est-ce parce que l’on a appris à vaguement faire du pain ou à faire un pansement que l’on devient boulanger ou médecin ? & bien je te prie de croire que tes jongleries à deux boules ou tes trois accords de guitare ne font pas de toi un praticien qui a des milliers d’heures de travail derrière lui… Il faut pourtant bien ça : & pour pondre quelque chose d’artistiquement valable, & pour comprendre ne serait-ce qu’un soupçon de ce qu’implique réellement une authentique recherche artistique en terme d’engagement, d’investissement & de renoncement ! Crois-moi : tu n’en devines pas un fragment, sans quoi tu aurais déjà appris le sens du mot « humilité. » Alors mets-là en veilleuse avec tes grandes idées, & apprend donc à faire quelque chose !
Lorsque tu auras assimilé tout ça, tu pourras revenir me voir, mais je serai déjà ailleurs en train d’explorer d’autres territoires, d’autres cœurs & d’autres corps. De me faire insulter par des filles outrées de me voir être plus une fille qu’elles, de me faire mépriser par des gros cons affolés de constater que je peux -& c’est vrai- être encore plus con qu’eux. Ils diront : « Il ne veut pas d’enfants parce qu’il est égoïste. » Je répondrai « parfaitement ! » Oui je suis parfois égoïste parce que, imbécile, si je ne me cassais pas de temps en temps seul dans le désert, je ne pourrais pas m’y ressourcer & t’offrir ensuite ce que je t’offre. & puisque, malgré ton air de ne pas y toucher, tu reviens & tu en redemandes toujours, c’est bien que finalement tu y trouves ton compte !
& non, je ne veux pas d’enfants, ni de père, ni de mère, ni d’aucune autre forme de famille que celles que j’aurai choisies. Il y en a qui disent « Je ne vois pas ce que je ferais avec un enfant. » Moi, figure-toi, je ne vois pas ce qu’un enfant ferait avec moi. Je suis bien trop instable, & je peine déjà trop à m’élever moi-même, pour être capable d’élever un enfant. & puis de toute façon ce concept de famille me terrorise : sous prétexte que l’on a quelques chromosomes en commun il faut se voir & s’appeler sans cesse, même & surtout lorsque l’on n’a rien à se dire. & malheur à qui s’y refuse : il devient un criminel, un monstre dépourvu de sentiments qui ne va pas voir sa mère mourante à l’hôpital. J’y suis quand même allé, à la fin. Je lui caressais les cheveux au moment où elle est morte. Je l’aimais. Mais tu vois, je n’attends pas depuis des années que la mort me libère de cette prison-là pour, à peine mon vœu réalisé, m’en construire une autre !
Ce que je veux & ce que j’ai ce sont des âmes-sœurs capables de comprendre que des fois je ne réponds pas à la sonnette, & que d’autres je n’appelle pas pendant trois mois. Ceux & celles qui ne sont pas fichu(e)s de comprendre quelque chose d’aussi fondamental chez moi que mon besoin d’indépendance ne m’intéressent pas. Ceux & celles qui le comprennent & le respectent, tout comme ceux et celles qui me connaissent moins mais s’abstiennent, de facto, de me juger, sont certain(e)s de mon dévouement & de mon amour, de mon respect & de ma confiance. Ceux & celles-là, je remercie chaque jour l’Univers de les avoir mis(es) sur mon chemin. & je les remercie eux/elles-mêmes chaque jour d’exister. Avoir l’opportunité de les aimer est l’une de ces bonnes étoiles qui me suivent sans cesse depuis ma résurrection.

Voilà. Sur ce je te remercie d’avoir eu la patience de me lire jusque là, & je te salue bien bas. Il était légitime que pour une fois ce soit moi qui vole un peu de leur temps aux passant(e)s, & non l’inverse comme toujours.
Sache juste, car c’est somme toute le plus important, que JE T’AIME, ami(e) passant(e), & ce aussi couillon(ne) que tu puisses parfois être. Si tu en doutes, dis-toi que si je ne t’aimais pas, je ne gaspillerais pas mon temps, mon encre & mon papier à t’écrire des lettres, & à les coller sur les murs.
En tout cas, maintenant tu peux m’aimer ou me détester en toute légitimité : tu sais enfin à qui tu as affaire.

& ça, ça nous changera tous les deux.

CREUSE ÇA.
(é)volution

Expérience du désert

Bienvenue dans l’ENFIN !

Expérience du désert




Faire l’amour avec l’Univers

Ici est la Matrice




En écoutant le silence

Le temps n’existe pas




Je sens le vent contre tes plumes, je sens le soleil te brûler

Avec toi, je vole




A est a, ne peut être que a, ni b ni c seulement a

Tout est son contraire ???!

Apprécie...

Apprécie…
La couleur du ciel lorsqu’il te regarde
Apprécie…

Apprécie…
La tache de crème dans ta tasse de café
Apprécie…

Apprécie…
Mon sourire qui se pose sur ta peau
Apprécie…

Apprécie…
L’éclair de lumière qui s’abat sur ce qui vit
Apprécie…

Apprécie…
Toi sous la douche & moi qui te regarde
Apprécie…

Apprécie…
Chaque goutte d’eau qui coule sur ta langue
Apprécie…

Apprécie…
L’air que tu transpires, les sons que tu respires
Apprécie…

Apprécie…
L’engagement de ceux qui savent que la réponse est là
Apprécie…

Apprécie…
La débâcle de ceux qui font de leur foi une science
Apprécie…

Apprécie…
Chaque seconde comme une extase unique
Apprécie…

Apprécie…
Mon désir de toi comme une moiteur tropicale
Apprécie…

Apprécie…
La colère des aveugles comme l’exemple du vain
Apprécie…

Apprécie…
Les drogues que ton corps produit comme les plus délicieuses
Apprécie…

Apprécie…
Mes mots comme une formule de ta magie
Apprécie…

Apprécie…
Mes caresses comme une brise nocturne
Apprécie…

Apprécie…
Toi-même

Apprécie…
Nous

Apprécie…
L’Univers

La plage d'Om

C’est l'histoire d'un mec, comme ils disent
Qui a le cul entre deux chaises
Ça lui arrive, parfois, une sorte d'immobilisme
Par peur de faire le moindre geste
Car chacun pourrait
Être lourd de conséquences
Alors ce mec commence par changer de chaise toutes les cinq minutes
Un instant l'une est plus confortable
Puis il revient à l'autre
Etc.
Jusqu'à ce qu'il se retrouve obligé
De s'asseoir mal sur le bord de chaque
Avec un grand trou au milieu
Un gouffre, pourrait-on même dire
Non seulement il en a vite plein le cul
Mais encore faut-il ne pas tomber
Pas très confortable
Comme situation
En plus, il finit toujours par s'écorcher quelque part
Alors vient le moment
Où il prend tout d'un coup au visage
De plein fouet
Jusqu'à se regarder en face
& à en rire
Parce qu'il lui est impossible d'en pleurer
Alors il rit de lui-même
En regardant le sol d'un air gêné
C’est très difficile pour lui, il faut dire
De suivre une conversation
Mais que peut-il faire
Quand il s'agit d'avoir affaire aux gens ?
Plus ils lui demandent si ça va
Plus il se sent mal
Comme si chacun de leurs mots
Etait un panneau de circulation
Dans un pays sans code de la route ni permis de conduire
Erigé pour bien lui rappeler
Que la route est difficile
Qu'il y a du verglas
Des bosses, des trous
Bien sûr, on n'y voit rien
Les virages sont traîtres
& quant à la voiture
Il faut la voir, avec son pneu crevé
Se traîner misérablement
De mètre en mètre
Non, ce type ne peut plus que changer péniblement de position
De temps en temps
Quand ça fait trop mal quelque part
& attendre
Que quelque chose se passe
Ça pourrait être n'importe quoi
A ce stade, ce serait libérateur
Dans tous les cas de figure
Ça ira mieux APRÈS
En attendant, le temps est disloqué
& chaque jour est plus long
Que le jour d'avant
Wow ! Jusqu'où…
Va t-il-tenir…
Avant d'exploser ?

Ecoutons-le penser :

« Nous y revoilà à écouter le bruit des vagues à chercher ce qui n’existe pas au bord de l’océan l’océan il y a un problème avec l’océan lui qui jadis réglait mes humeurs s’est déréglé en avis de défaite je n’ai jamais courtisé ces avis-là alors je vais y retourner dans la matrice une fois de plus puisque ses incarnations se multiplient au fil des paradoxes quand rien n’est moins paradoxal qu’un paradoxe je m’en vais donc aller nager au centre du problème du quoi ? il n’y a pas de problème juste du brouillard à travers lui donc je vais confronter mon opinion avec celui des Cieux voir si comme toujours nous tombons d’accord & pour cela une longue conversation avec l’océan s’impose car je dois comprendre pourquoi dès que je l’approche mes espoirs partent en lambeaux dans une médiocrité de laine de verre de longs voyages qui ne mènent nulle part & de jeux d’attitudes qui n’amusent personne & s’il s’avère que la conversation mène quelque part s’il se trouve que l’aller-retour décrasse mes poumons et ma conscience à la fois je grimperai tout en haut là où nul n’ose aller au sommet du roc & des lianes entre ciel & terre entre jungle & mer & je ferai le point avec l’Univers de la situation & de la direction car si les directives m’ont toujours transformé en dragon de feu les directions sont dignes d’intérêt je crois & je regarderai le doigt du soleil à travers les nuages non plus comme on regarde une icône mais comme on regarde l’horizon peut-être comprendrai-je avant d’arriver chez les morts pourquoi cet étonnant détour s’imposait sans cela les ruines du culte me le souffleront à l’oreille car là-bas m’a-t-elle dit se cache la magie elle est partie la magie je la retrouve parfois dans ses yeux mais ce que ces yeux ignorent c’est que je voulais célébrer la vie & notre ultime victoire sur les dents de lion & sûrement pas lécher des blessures blessures qui se sont forgées un chemin inattendu & vicieux ce qui en résulte en lieu en place d’une célébration est une parodie de justice dans laquelle chacun va tenter de jouer son rôle pour dissimuler ce que chacun sait j’ai peur que cette reconstitution de ce qui aurait du être manque de spontanéité & soit un triste téléfilm du genre qui va qui vient comme une chanson impopulaire la réalité est incorruptible & mieux vaut remettre certains rêves à plus tard que de les rogner jusqu'à ce que corde se rompe de fait d'ici la fin de l'odyssée il va falloir en guise de repentir renoncer à bien des choses ma vie est un bordel organisé qui a de la place pour les paradoxes mais pas pour les incohérences & les coups que je donne à mon karma ne devraient être que mon affaire à la limite celle de l’eau mais c’est tout l’eau d’ailleurs est noire noire noire comme la flaque de ma panique exaltée comme mon ombre entre les dunes sans l'ombre d'un risque de noyer mon effroi dans le gouffre d'un effort de sodium si libérateur que le froid & la douleur sont revigorants ajoutant à la peur un piment traître du genre qui remue le couteau mais au moins ça aura disparu avant l'aube sachant cela j’ai plongé pour ne plus penser à rien qu'à ces bulles de lumière dans l'eau qui n'est plus de l'eau où alors de l'eau sèche gazeuse vaporeuse & plus confortable que sous la lumière on s'en serait douté en fait si on y avait réfléchi les réflexions pour le coup seront pour plus tard mon extase est fermée pour travaux qu'ils disent c’est toujours la même chose avec les entreprises de démolition ils appellent ça de l'urbanisme moi j'appelle ça de l'urbanisme sous acide parce que quand même il y a des limites au délire non ? heureusement il y a le sucre jamais je n'ai autant compris son importance au sucre ce petit oreiller de tendresse qui vous enveloppe & vous sauve au moment où toutes vos armes habituelles sont hors d'usage c’est précisément à ce moment qu’on se regarde dans la glace qu’on crie « pourquoi ? pourquoi ? pourquoi ? » comme une lycéenne empêtrée dans sa tragédie grecque au suicide d'un inconnu & qu'on se rend compte de la façon qu'ont les gens de se préoccuper de catastrophes impossibles d'assurances invraisemblables quand juste là sous leur nez se produit la pire des aberrations c’est typique mais des fois cela se produit en des lieux si inattendus qu'on oublie d’en rire & certaines complicités m’insupportent non parce qu’elles existent mais parce qu’elles font de moi leur témoin passif quand je ne veux rien en savoir que ce qu’on m’en dira putain j’ai froid qu'est-ce que je fais là à garder mes déchets en moi à me laisser agresser par le monde à rester passif comme un bureaucrate incompétent face à une panne inattendue ? probablement je suis en train de grandir car je jure sur la pierre tombale de mes démons qu'il est des pièges des pièges sordides de l'existence dans lesquels je ne tomberai plus jamais je commence à entrevoir ce que je veux ou non & les tributs que je suis prêt à payer à entreposer dans les cases prévues à cet effet des GRANDES cases exprès pour ranger mes leçons & mes devoirs les premières pour m'y référer les seconds parce que je n’en ai plus besoin il serait donc judicieux (peut-être) de fermer les yeux de pleurer en silence sur cette part de souffrance qui brûle en moi & y brûlera toujours car tout étant ce que tout est plus ma joie d’exister sera grande plus cette souffrance devra être commémorée non par goût moins encore par complaisance mais pour ne jamais oublier que la vie est précieuse & que la mort la clôt cette délivrance-là mérite chaque effort pour être meilleur pour être plus fort & accepter qu’en dépit d’un certain goût pour le partage je ne suis qu’à demi un animal social un agneau qui se plaît loin du troupeau & un saltimbanque surtout un saltimbanque dont les multiples facettes ne sont pas encore en harmonie parfaite mais si l’attente est longue mon cœur me portera d’ici-là vers Morphée. »

« Qu’elle est belle, Morphée, dans ces moments-là… »

Mon nom n'est pas Tantale

Enfin
Encore
Croiser des chemins
Lesquels suivre ?
D’un visage souriant à une idée contrariée
Il n’y a qu’un pas
Tes traits épanouis m’inspirent
Certes
Mais né en moins
J’ai gravi les marches
Jusqu’à être plus
Être plus, c’est vouloir moins
& pourtant
L’équation de notre relation
Reste instable & mathématiquement incorrecte
Politiquement honnête
Mais aussi abstraite qu’une variation
Sur un même thème
Un jeu qui t’aime & tantôt m’emmène
Tantôt me blesse
Je le confesse, notre contrat m’agresse
Parfois m’oppresse
Moi fois toi égale moi puissance neuf
Neuf en puissance, j’ai besoin de faire table rase
De ne garder que l’essentiel
Moi & le ciel moins toi égale zéro
Pourtant
Zéro c’est aussi l’infini
Un chiffre rond sans angle droit
Pointus & piquants sont les angles de mes droits
Moi plus toi égale zone de non droit
Toi plus moi égale absolu
& où que tu résolves ton poème
Mon problème est au cœur de ton théorème
Toi moins moi égale eux au carré
Partie carrée à la substance aléatoire
Une partie de roulette russe que je ne peux plus voir
Moi moins toi, c’est un trou de moins dans la roulette de mon système
& à chaque fois que six t’aiment
Ma résolution s’amenuise en trop de frissons qui me nuisent
Moi divisé par toi égale choix
Toi divisé par moi, c’est trop abstrait je vois

Le nombre entier de tes amours
Me redescend à deux pour cent
& si je sais que toi & moi
C’est trois fois toi fois ces inconnus
Je préfère ignorer ton décompte
& ne plus écouter tes comptes
Contes de fée dont les effets me font valser
Vaciller, je m’en vais ciller ailleurs
Toi moins moi, c’est moins que tu ne le crois
Toi plus moi c’est risqué, mais le frisson qui t’habille
Toucherait du doigt son potentiel
Toi plus moi, c’est la seule équation logique
Mais ton calcul n’a pas pour but
De faire honneur au bon sens
Plutôt éparpiller tes sens
& fuir le centre de gravité
Qui pourrait pourtant t’épargner
De mettre ton équilibre en péril
Stérile est ma cause
Désespérée car ton plus est pour moi un moins
De loin en loin je m’évapore
De port en port je te rêve la nuit
Nos étreintes revivent en moi en des plaisirs lunaires
Solitaires & consacrés
Constat sacré d’une soustraction
Tout est son contraire :
En voulant nous préserver, tu nous perds
Chacun ses traumas, trop m’a coûté d’aimer sans aimer
Moi plus & fois toi, c’était une leçon de science psychique
Un phénix à la face du monde
Mais puisque la lumière ne te touche pas
Que mon soleil se consume tout seul
Que seuls mes mots parviennent à t’effleurer
Je retourne dans mon prisme
Offrir ce trésor que je détiens
A qui saura compter avec ses doigts, sa bouche, & son temple
Car à mon sens, le mental seul
Est un hôpital

Je t’aime en verte & en pas mûre
& par-dessus ton mur
Puisque tu sautes, je saute
Loin prendre du recul
Reprendre mes calculs
& revenir peut-être après cette aube
Dans un futur où mon murmure censuré
Sera prêt à susurrer sans sucer
Loin de cet ambigu qui m’anime
& que je dois encore dompter
Si tu veux pouvoir me cerner
Loin de nous
Nous divisé par nous
Égale peut-être plus tard
Car l’instant zéro est au point mort
Tant à l’eau va la cruche qu’elle se casse
& mon nom n’est pas Tantale
C’est Shaomi
Alors j’me casse !

Mon bol de corn-flakes

Mon bol de corn-flakes
Est un met unique
& révolutionnaire
Le genre qui pourfend l'air
C'est une cuisine
Post-apocalyptique
Le nouveau millénaire
Sera très culinaire

Mon bol de corn-flakes
Est un mélange exquis
Régal du palais
Baigné dans du lait
Le sucre coule à flot
Distillé en pluie
Il vient se mélanger
Aux pétales sacrés

Mon bol de corn-flakes
Est un gadget extra qui m'électrise
Mon bol de corn-flakes
Est une amante indomptable & un peu mystique

Mon bol de corn-flakes
C’est l'avenir de l'homme
& enfin atteint
L'orgasme divin
La subtilité
Tient à bien peu en somme
Des morceaux de bananes
Donnent au goût toute son âme

Mon bol de corn-flakes
Je ne le prêterai pas
Je ne l'offrirai pas
Ne le partagerai pas
Car il est bien trop
Nécessaire à mon cas
& qui en veut n'a qu’à
Préparer son encas

Mon bol de corn-flakes
Est une drogue ultime qui m'hypnotise
Mon bol de corn-flakes
Est une expérience sensuelle, objet de convoitise

Mon bol de corn-flakes
C’est l'extrême limite
Du plaisir qui m'habite
Il n'y a pas meilleur trip
Mon bol de corn-flakes
M'emplit de sensations
Mes lèvres s'extasient
Ma langue est en folie

Mon bol de corn-flakes
Rend chaque jour gloire au monde
De permettre à mes sens
D'entrer ainsi en transe
Mon bol de corn-flakes
C’est ma raison de vivre
& tremper ma cuiller
Devient une prière

Mon bol de corn-flakes
Je voudrais m'y plonger, m'y noyer, y mourir
Mon bol de corn-flakes
Est une redéfinition du concept de plaisir

Mon bol de corn-flakes…

Mmmh…

Fragments Nocturnes

Très bien, par où commencer ?

Outrage ô combien séduisant (avant) :
Tu n’aimes que les filles ?
Ha ! Ha ! Ha !
Ça tombe bien : je n’ai jamais été spécialement fier d’avoir deux couilles entre les jambes, & je connais des jeux de filles que même les filles n’ont pas inventés !
& ce jour-là je jure
Que si j'arrive un jour à te coincer entre quatre murs
Je ferai hurler ton murmure
Car la liste des choses que je veux te faire
Est plus longue qu'un ticket de supermarché de famille nombreuse

Ambrage ô combien fascinant (après) :
De nuit en nuit, nos corps se rapprochent
& le tien devient pour moi l'instrument le plus sublime dont j’aie jamais joué
Autant dire que je n’ai pas fini de pleurer
& de pleurer encore de bonheur
En repensant à tes yeux lorsque tu m’as dit « regarde-moi »
Pour que je vois combien tu m’aimais en toi…
& d’ailleurs, notre union outrepasse les lois de la chimie
Puisque, comme tu l’as si bien dit, lorsque je t’embrasse & te lèche
Je m’embrasse & me lèche moi-même aussi

LOVE + GÂTEAU + CHOCOLAT + NOUS !!!

Par ailleurs, & ça n’a pas grand chose à voir :
Indocile devant la nécessité de fermer les neurones
Refusant tout compromis avec les loupiotes de la pente
Seul devant l’insomnie provoquée d’un instant
Instantané débridé de la conscience de soi
Sacrilèges aux yeux des uns
Les mots des autres se veulent au moins sincères
C’est un mérite un peu oblique
Mais c’est déjà mieux qu’une illusion… d’optique

« Cher journal,
Le feu s’est éteint depuis déjà deux mois. Je craignais un faux espoir, un peu comme ce printemps qui vient pour nous narguer & mieux repartir : je me trompais. Fort bien. Dehors le monde continue de tourner comme avant, mais c’est mon regard qui a changé. De toute évidence, la tendance psychologique des Pentes est un peu comme une bouteille de pisse posée devant ma porte : on peut la voir à moitié vide ou à moitié pleine. Je la vois à présent à moitié pleine.
Shy. »

Lorsque je doute, je rêve de libérer les hamsters prisonniers dans le frigo…
Lorsque je vais bien, je rêve d’éléphants qui sautent sur des trampolines en criant « WOW ! »

Mon amour est à la maison
Ils sont trois, jolis & pacifiques (enfin, presque)
Mon amour est dehors
Simplement il ne le sait pas encore, & ce qui est plus amusant…
Moi non plus
Peu importe, j’ai tout mon temps à gagner
& la conception de rêves en barbe à papa
De visions d’apocalypse & de fleurs psychométriques
Est un accessoire on ne peut plus rose bonbon
Ça tombe bien…
On manquait de rose bonbon, dans ce programme

« Chère Maman,
Je t’écris cette lettre de mon antre rose bonbon, celle-là même qui fait rire les sycophantes. Il faut que tu saches que tout ce que tu as cru sur moi était faux. A part une chose : je ne suis pas complètement idiot. Parfois tu me manques, mais je comprends que ton départ était une nécessité. Le fait est que tu n’avais plus rien à faire ici. D’ailleurs, d’une certaine façon, tu étais déjà partie depuis longtemps. J’ai lu & relu tes lettres, surtout celles qui ne m’étaient pas adressées, & aussi tes dissertations moralistes : j’ignorais que tu avais peur des vagues à dix ans, cela m’a beaucoup touché. J’espère que tu t’amuses bien en dépit des choses qu’il te reste à réaliser. Tu sais, ce n’est pas si grave. L’important dans tout ça, c’est que tu comprennes qu’il vaut mieux prendre dans l’Univers l’amour qui te revient de droit, plutôt que d’essayer de voler celui des autres. Une fois que tu auras pigé ça, tu verras : la vie est bien plus simple que tu ne l’imaginais.
Je t’aime. Take care…
Ton fils. »

La vie est un don magnifique… lorsque l’on sait s’en servir !

Mon nom devient n’importe quoi dans la bouche des autres…
& dehors, les passants ont peur de leur muse
Qu’ils aient peur de ma muse, passe encore…
Mais de la leur…
Quel manque d’imagination !
D’ailleurs, concrètement, les accusations de libidinisme ne sont pas fondées
Même lorsque les filles portent des sous-vêtements
Quant aux lubies, quant aux lubies, quant aux lubies…
Ha ! Ha ! Ha !
C’est juste des idées comme on en a dans la rue, qui deviennent sacro-saintes…
Le temps d’une hallucination
Après, l’herbe repousse
On peut la raser
Raser les murs
Les murmures
Les murmures aiment qu’on les chouchoute
Chouchoutez-les plus, ils se multiplieront
C’est ce qu’on appelle l’Évangile

« Monsieur le Directeur,
Je suis outré ! On vient nous faire de belles promesses, nous dire « Venez, les saltimbanques, on va vous donner de la PLACE, ça vous changera de vos ateliers minables, de vos terrasses & de vos colloques alcoolisés. Enfin vous allez pouvoir TRAVAILLER » (notez l’insistance de ces politiciens à hurler certains mots.) Finalement, que se passe-t-il ? Des travaux ; une inauguration digne d’un film de zombies italien (non, pire : mexicain) où des pseudo-terroristes viennent pisser dans un violon ; & finalement vous capturez deux diplômés des beaux-arts & les enfermez dans une cage de caviar, afin que la galerie des bureaucrates puisse venir s’extasier devant la créativité des jeunes artistes du cru.
Heureusement, pendant ce temps, les squats organisent des concerts & les néo-hippies montent des collectifs. Prenez exemple, Monsieur, sur ces gens-là : point de caviar dans leur contrat de mariage !
Veuillez recevoir, Monsieur, l’expression de mon exacte irrévérence.
Alexandre Cépagrâve. »

…donc, quand un frigane trouve une vache morte dans la rue, il la ramène dans son squat, & les babapunks font un barbecue…

Je t’aime ! pas moi
Fleur sauvage orchidée de mes après-midi de printemps arrête les taz !
Aujourd’hui je suis sorti de mon nuage ocre tu aurais mieux fait d’y rester
La pénombre pesait trop sur mon système nerveux je vois ça
Les B.P.M. eux-mêmes avaient fini par m’épuiser c’est toi qui m’épuise
(Danser assis
Chanter debout
Pisser comme on veut
Voilà la vraie liberté) crois-tu ?
Sur ce trottoir tu es passée je t’ai mis un vent
& comme dans toute épopée narcissique, tu plissais les yeux c’était à cause du soleil
Je t’ai vue & comme un sample mis en boucle tu la boucles ?
Mon sang n’a fait qu’un détour blablabla…
Mon cœur s’est mis à fondre, dégoulinant le long de mes tripes ah parce que tu en as ?
Je t’aime, je veux être ta main tu peux courir
Viens à moi… un jour ?
Où je viendrai à toi ou pas ?
Tôt… qui…
Ou tard… saura ?

« Mon amour,
Je sais que tu ne comprends pas ma position, & tu sais que je ne suis pas très doué pour la parole, alors je profite d’une nuit sans pleine lune pour t’envoyer cet e-mail.
Tu me parles de fidélité, d’obligations, de devoir l’un envers l’autre, de mariage même ; tout cela m’est si étranger depuis que j’ai découvert l’Île. Je voudrais que tu comprennes que je ne suis pas encore prêt pour tout ça, que je ne le serai JAMAIS (Excuse-moi, je ne voulais pas hurler ce mot, mais tu dois comprendre.) Je t’aime, je t’aime même comme je n’ai jamais aimé quiconque, mais il y a des choses que tu dois accepter si tu veux que nous puissions poursuivre cette aventure à deux. Je me souviens encore avec une précision chirurgicale de ton regard horrifié, lorsque je t’ai dis que je serais heureux si tu avais un orgasme avec un inconnu, que je serais ravi de t’entendre me dire que tu as eu un mec de passage. Comprend que je préfère te voir assouvir un désir avec un autre & être heureuse, que de te contraindre à te restreindre & à refouler la réalité du fait que l’on ne peut pas ne jamais ressentir de désir pour quelqu’un d’autre. Comprend que je t’aime à un tel point que te savoir heureuse dans les bras d’un autre me remplit de joie, tant que cet autre ne s’interpose pas entre nous, & que j’en attends autant de toi. Tu es la plus belle chose qui pouvait arriver à un être comme moi, mais je suis un individu entier, & pas une moitié qui a besoin de son autre moitié pour exister. Si tu dois être mon épouse cela ne concerne ni maire ni curé ; si tu dois être mon amante tu dois être libre, & moi aussi ; si tu dois être ma sœur tu dois respecter mon intégrité comme je respecte la tienne. & ce n’est pas se tenir la main dans la rue et se smacker à longueur de journée qui fera de nous un couple, mais ce respect mutuel.
Que dire ?
Il faut qu’on parle.
Répond-moi vite, je t’en supplie.
jetaime@thedawn.com »

Ceci étant dit :
Tes souvenirs m’empoisonnent
Même qu’ils me donnent la gerbe
Toi t’appelles ça la liberté
Sorry, mais pour moi ça sonne plus comme un film x
Genre :
« - Alors tu vois, à Brest, j’ai rencontré…
- Ta gueule !
- Wow ! La semaine dernière à Berlin y’avait ce type qui…
- Ta gueule !!
- J’vais voir mon amoureuse à Genève la semaine pro…
- Ta gueule !!!
- Ah, ce club échangiste à Paris, j’en ai encore des…
- TA GUEULE !!!
- T’imagines pas : avoir un mec en toi & t’faire lécher en même temps c’est vraiment trop…
- MAIS PUTAIN TU VAS LA FERMER, OUI ???!!! »
Les plaisanteries les plus courtes, vois-tu, sont les moins longues…

- Alors, qu’est-ce que t’en penses ?
- Tu veux c’que tu veux pas.

Lettre à la gente émasculine :
Interférences dans le labyrinthe
Synapses éparpillées au creux de mes craintes
Un rayon de soleil tape sur le mur d’en face
Comme une claque outrancière
D’un trait je m’éloigne des cris du public
De leurs mots malveillants, de leur rumeur pubique
Comprend-moi bien, nounours
Ma source ne s’abreuve qu’à demi dans ta course
& mon désir d’une statue de chair à resculpter
Ne vaudra jamais le réconfort d’une boule à ronronner
« En es-tu bien sûr, jeune aéronaute ? »
Je ne sais même plus dans la fange de quel apôtre je me vautre
Mon image se réfléchit dans les idées du caniveau
Dans le liquide, la pensée devient veau
Roule & roule & déboule en illusions électroniques
Voudrait fusiller ces bourricots qui forniquent
Répliques antiques d’une minable équation
Dans l’irrespect d’une femme qu’ils devraient honorer
Non comme on honore une mère, mais comme une œuvre d’art
Convient-il de cracher sur qui nous offre notre grand soir ?
Un habit de Versace se porte dans la déférence
Voile de soie qui prend soin de soigner sa différence
Salut à toi, mec
D’un groove, je t’approuve lorsque tu te découvres
D’un kif, je te kiffe quand soudain la porte s’entrouvre
& révèle un enfant qui pleure devant son jouet cassé
Ta féminité, mec, t’a été volée
C’est bien dommage, un tel carnage à grande échelle
Vouloir se faire beau lorsqu’il est si doux de se faire belle
Avant de t’éclipser dans tes miasmes fagotés
Ecoute un peu l’ébauche de ton long C.V.
J’ai un dossier de presse à t’offrir, mec
Une histoire de toi
C’est ça, bois une bière, ça te donnera du courage
Pour abuser cette fleur qui a la moitié de ton âge
Petite fleur naïve qui déambule au gré des printemps
Une femme n’est femme que lorsqu’elle l’est sauvagement !
Eparpillées sur ses pétales pillés : mille insultes furtives
Avec un abus de principe pour seule perspective
La poupée gonflable qui t’a enfanté, mec, le savait
La leçon de soumission a été bien digérée
De petits déjeuners en dîners amers avec ton père
Un parcours bien pervers entre ton tout premier « Maman »
& pas plus tard qu’hier, ton tout dernier « salope »

JE NE CROIS PAS QUE DES CHOSES TELLES QU’UNE « SALOPE », UNE « PUTE » OU UNE « CHIENNE » EXISTENT !

Des « crève la chatte », des « rats » & des « bourrins », en revanche…

Heureusement :
C’est comme un air de jazz
Une mélopée métaphysique qui s’infiltre en toi
& vient détendre tes nerfs fatigués

« Cher Barton,
Allez-vous faire foutre !
Amicalement,
Dr. Fink. »

Loin de ces imbéciles qui me reprochent de penser trop à moi quand je pense trop à eux :
Tout est différent
Rien n'a changé
& je ne peux qu’attendre…
Attendre entre deux souvenirs
L’un doux
L’autre amer
Attendre que des trains qui n’arrivent jamais
Se décident à partir
Attendre avec un corps qui souffre
Trop longtemps ballotté
Dans l’espoir d’un lit douillet seul
Après le rêve avorté
D’une hutte à deux
Attendre, las, ici & ailleurs
Dans l’impossibilité de l’acte
Reste la pensée
Mais la pensée, sans l’acte
Finit par tourner en rond
En ronron
Loin de mon chaton
Loin de mon refuge
En attente
De la fin d’une expérience
A présent, je sais ce qu’est un cauchemar ferroviaire !!!

Pendant ce temps, dans un autre train :
« - Tu veux boire de l’eau & un gâteau ?
- Boire un gâteau, ça va être dur ! »

& de retour ici, alors que j’avale un café de trop :
Je suis agressé par ces publicités
Qui vantent à la radio la gloire des idiots
Les infos parlent d’apocalypse
Trois guerres & un meurtre, où est l’astuce ?
Pourquoi se baigner si souvent dans le Styx ?
« Bonjour. 2001, le monde mondial est en crise &... »
Oh, ta gueule !
Ecoute plutôt chanter les freaks (air connu) :
« Ceci n’est rien qu’un petit cri de guerre
Une petite pendaison de crémaillère
Le Monde Noir est rongé par les vers
Notre nouvelle maison s’appelle juste la Terre
Les artistes de la haine sont très prolifiques
Au moins un milliard d'œuvres néfastes en expo
L’histoire a été un vernissage hystérique
& les amateurs sont maintenant passés pros
À force de charrier
On va se faire baiser
Ceci n’est rien qu’un autre pamphlet fou
Pour raviver ce sang hippie qui est en nous
Apercevoir le effhaine démasqué
Voir enfin ce Mégret de connard enchaîné
Aujourd’hui propagande sur Radio Courtoisie
Délinquance des reubeus, un sujet-vérité
On pigerait plus de mots sur Radio Papouasie
Qu’en ce capharnaüm de bile déversée
Vive les boucs émissaires
Formons des commissaires
Merci Jean-Marie, notre grand héros
On nous cache tant de choses que toi tu dis tout haut
Les livres sont de sacrés rigolos
Dire qu’on nous a appris que les hommes sont égaux
Il est certain que Dieu, dans son règne éternel
Si il l’avait voulu, nous aurait fait pareils
Quelle ironie du sort
Que tu craignes la mort »

Oh, j’oubliais, je vais en free-party, aussi...

« Notre Père qui es aux Cieux
Donne-nous nos hallucigénias quotidiens
Pardonne à ceux qui T’ont offensé
Comme nous refusons chaque jour leurs tératas
Que Neweden soit sanctifié
Que Ta volonté soit une fête
Sur notre Terre comme dans Ton Ciel
Hymen
Ton humble serviteur. »

En essayant d’atteindre un mieux
Descartes s’est trompé de calcul
Je suis donc je suis heureux
(i.e. je ne sais pas si c’est une bonne ou une mauvaise chose)
Car Naboo/Bajor existe
& il est facile d'y être
Mais lorsque la nuit s’abat
Sur les tours de béton (en attendant les avions)
Je mets la tête dehors
J’entends les cris au loin
Des fêtes à tous les coins
Comment… résister ?

& vous aurez beau dire & beau faire :
Des fantômes passent, régulièrement, tels des ombres… Même lorsque nous nous croyons seuls, il y a des morts invisibles, partout, autour de nous.
Pour ce que ça change de le savoir…

« C’est stupide !, dit-elle, John Lennon n’a pas été tué d’une balle de tennis dans la tempe ! »
Il se réveilla en sursaut, la phrase fatidique résonnant encore dans sa boite crânienne.
Il tourna et retourna les quelques mots dans tous les sens possibles, & se demanda comment les cycles effrénés de son sommeil avaient pu le conduire à un songe aussi absurde : lui qui rêvait peu avant d’une créature onirique qui se refusait à mourir.
Quel rêve crétin ! Elle jouait à un immense Trivial Pursuit dont il était le pion, & les questions se succédaient sans un temps de pause : « Quel est l’objet le plus rapide du monde ? », « Peux-tu me prouver l’Amour ? », « Comment John Lennon est-il mort ? », & il devait répondre.
En fait, il aurait préféré être mort lui-même, que de jouer à ce jeu absurde.
Il tourna la tête & la vit : endormie & toute chaude. Il reconnut plus en elle la créature onirique que la femme diabolique du Trivial Pursuit.
Au rythme de la respiration de sa muse, il se leva & alla mettre la B.O. de Labyrinthe, que dans son sommeil elle se souvienne que leur histoire était un conte et non une partie cruelle d’un quelconque jeu de société.
Il s’assit sur le lit &, éveillée par la musique, elle entrouvrit les yeux.
Il la trouva belle.
Elle remua les lèvres.
« - Y t'reste une clope ?
- Oui.
- Fais un joint, alors.
- D'accord, mais j'vais pisser d'abord. »

Novo Navis/Ambresoleildouche – MERCI !!!

« - Je voudrais être pour toi comme un morceau de sucre : je ne résoudrai pas tes problèmes, mais quand tu me croqueras, tu te sentiras quand même un peu mieux. C’est tout ce que je peux faire pour toi.
- C’est déjà beaucoup. Merci à toi.
- Merci à nous… »

Epilogue :
Quand tout semble fini
Se lève un léviathan alogique & sensible
Il sent sa cible & ausculte l’ultime faiblesse
Qui n’est autre que l’opacité
De mon bouclier fantôme
Bouclier queue de lézard
Tremble, Terre, tremble & ébranle
Je sais la raison de ton ébriété :
Au loin, un arc de phosphore
M’attend…
M’appelle…

Mais avant cela…

Vierge

Vierge
Comme la feuille de papier d’un écrivain décédé
Mon esprit est
Vierge
Lavé de tout soupçon & déjà détrôné
Par le prochain naufrage
D’un bateau blanc dans l’océan

Vierge
Torchée comme un cul après une purge cosmique
Ma conscience est
Vierge
Insensible au vent, aux voix & aux odeurs
Fatiguée de ressentir
& oppressée par un pressant besoin (de dormir)

Vierge
Comme l’était mon corps avant une nuit de décembre
Ma volonté est
Vierge
Vient un moment, après le pire & le meilleur
Quand tout est son contraire
Où le futur sera présent quand il sera

Vierge
Comme une madone qui courtise un lion
Mon désir est
Vierge
Les plaisanteries les plus privées, si l’on veut y songer
Sont souvent les plus drôles
Comme un tas de cendres dans une urne en carton

Vierge
& c’est déjà un constat bien trop subjectif
Ma raison est
Vierge
& ceux qui se plaisent tant à déformer les faits
Le feront loin de moi
La Maison est fermée, c’était notre seul lien

Vierge
& c’est reposant, avant de repartir de plus belle
Ma mémoire est
Vierge
Débarrassée de toutes les énergies qui l’embrumaient
Il faut laver son linge sale
Avant de présider une cérémonie

Vierge
Désireuse d’une berceuse & d’un lit douillet
Mon âme est
Vierge
Pas innocente, mais juste assez propre
Pour que plus tard, peut-être
Ce soit un ange aux yeux miroirs qui me borde

L'aube

Ivresse effacée
Dans mon ventre, je suis bien
Regroupé en mon sein
L’apuisement me fait léviter en de si brefs éclairs
Rien d’autre à penser
Que le déroulement obstiné des découvertes
Chat sursauter, s’imbiber du calme de cette fusionnelle solitude
Tasse, thé, lueur tachetée des cierges
Vierge
Je reprends à la Terre ce qui en elle est moi
& lui donne en retour mon consentement tacite
Le silence aussi, est prière
Le roucoulement des cordes d’un orchestre sueuradélique
Le bruit visible de ces faucons qui en moi comme là-bas continuent de glisser sur l’air
Murmures qui êtes aux cieux
Que votre son soit sanctifié
Car ce son
Lui aussi
Est silence

Demain fatigué
Peu m’importe d’être éveillé sans cesse
Cet épuisement-là est bonheur
Car, enfin
Trop de songes endorment les sens
Mini-stylo pour mieux-être mental
Travailler sur de nouveaux rythmes
Peut être une simple approche du temps
Une approche plus proche qui reconnaît en lui
Ce qui est
De ce qui n’est pas
« Absurde » ne signifie pas « hors du temps »
& la minette qui est en moi y est désormais belle & bien
Facette abstraite aux yeux des énarques
A ceux de la racaille
A ceux de ces mécaniques humaines qui cachent l’homme & la femme derrière
L’idée de l’homme & de la femme
Dommage, car pendant ce temps…
Douceur aigreur cosmique du goût de la chair
Extase infinie de l’éther de moitout
Font en ce lit des cabrioles

Rêve, petit ange
Rêve à quoi, à qui, à quand
Rêve pourquoi ?
Rêve pourquoi pas ?
Rêve absurde, rêve sensé
Rêve sans question ni façon
Rêve dans ton cocon
Rêve même embrumé d’éternuements

Une/toutes ???

Enfant d’un zapping multivitaminé : je suis
Mon apparat, l’apparat en général
N’est pas, comme on le croit, né pour leurrer
Il est, dans ses entrailles, un confortable coussin de couleurs
Dans lequel je me noie
Un spectre luminescent qui colle à ma peau & me porte vers
L’expression de ma nature profonde
La harpe vibratoire qui brille à l’intérieur
Cherche chaque expression possible
Chaque interstice de vrai dans l’amas perturbateur
& en use
& en use
Pour crier « un jour… »
Le temps oublié, « un jour… » devient « aujourd’hui »
& aujourd’hui est chaque instant
Qu’il soit ici, devant ou derrière
Seul existe ce qui est perçu
Imagination de moi
La lame de rasoir sur laquelle je me trouve
Me ravit de son tranchant
Me ravit parfois à moi-même
Mais me rend toujours plus proche
Plus PROCHE

Dieu… m’aime

Un peu plus, un peu plus
P.E.A.
Paix En Amont
Proposition Excessivement Agréable
A présent que je sais un peu plus glisser (T.D.)
Je glisse, précipice, dans l’interstice qui mène ailleurs
Toujours ailleurs
Ma prière a trouvé sa réponse
& j’abandonne au hasard
Ce qui est hasardeux
De moins en moins timide
Déterminée à ne plus me lâcher
Cette idée à six mains emmêle ses tentacules dans ma clairvoyance
Me détermine à me lâcher plus

Il est d’une urgence poignante de laisser naître les fœtus qui dormaient en moi !

Je vais & n’ai pas peur
Je regarde le monde dans les yeux comme un tableau animé
Il y a le monde
& le monde des humains
Les deux coexistent en une étonnante synergie
L’énergie afflue sans cesse de l’un à l’autre, & de & vers l’espace, aussi
Le progrès sera pour nous de comprendre
Que notre monde, nos mondes, & LE monde
Ne sont pas en guerre
Mais enchevêtrés en une union si logique
Qu’elle ne peut être contournée

J’ai les yeux grands tout verts !

Lier jeu & détaillisme
Entreprendre surprendre sans rien prendre
Epouser une éclipse, en clip se regarder encore
Compter les mots, mais pas les nombres
Se faire croire que derrière la porte il n’y a pas un touriste ou un ivrogne
Mais une fleur répétitive
Où vais-je ? Peu importe
J’y vais…

Apprendre au monde : rien, surtout rien (tout)
Lui sourire & danser, s’élancer, l’enlacer
Conter la terreur avec conviction
Nager au milieu des doutes coutumiers de l’automne
L’automne, pourquoi toujours l’automne ?
L’automne ne se crée elle-même que si on la désire
Où vais-je ? Quelle importance ?
Je me vautre dans les feuilles

L’automne est mon amante depuis que je suis sorti
Sorti dans le grand monde comme d’autres vont à un vernissage
& j’emmerde amoureusement ceux qui disent toujours jamais
Je me ris d’eux d’un œil complice
Je joue comme un gosse, je joue sous la pluie
Pour moi, pour toi, pour eux
Où vais-je ? Qui s’en soucie ?
Puisque j’y vais…

Les pétales de mes illusions se fanent
Enfin
Je ne sais plus ni quoi ni pourquoi ni comment les autres
Mais je sais moi & moi, & je sais que moi plus moi seul peut-être moi
Faîtes vos non-sens en paix
&, surtout, laissez-moi faire les miens
Où vais-je ? On s’en tape
J’y vais, c’est tout…

Loin de moi toute cravate bureaucratiquement correcte
Loin de moi toutes frasques inutiles (près de moi toute frasque utile)
Je suis un, je suis deux, je suis neuf
Fait pour crier ma joie, ma larme
Rien de moi n’est carré
Parler serait pécher, la fermer lâcheté
Où vais-je ? Vers…
& là-bas, c’est rudement beau !
Bienvenue dans mon aube…

Voilà de quoi (te le dire)

Vagabondages spirituels sur fond d’azur
Le cœur & l’âme sont exaltés jusqu’à l’usure
Ta silhouette inattendue derrière la porte
& ton sourire encourageant en quelque sorte
Voilà de quoi éblouir
Voilà de quoi s’épanouir

Un peu d’ivresse, une promesse d’y revenir
Tout ce chaos, & au milieu nos deux soupirs
Juste un regard & cette idée d’évolution
La ressemblance & le partage, l’admiration
Voilà de quoi s’accomplir
Voilà de quoi ressentir

Un passé flou, un avenir plein de caresses
& dans l’écume, plus rien ne vient ni ne nous blesse
Nuit de printemps, nuit de débauche, toi & moi sûrs
Matin d’été, aube hésitante, notre futur
Voilà de quoi s’assagir
Voilà de quoi s’attendrir

Mots emmêlés, récits épiques, apothéose
Irrésistible envie de toi, d’une symbiose
Autant de mots, autant de vers que mes doigts sèment
Autant de mots, dans un seul but, te dire que j’aime !
Voilà de quoi m’étourdir
Voilà de quoi te le dire